Soeur saint Ildefonse Belan, religieuse du Très-Saint-Sacrement
L’objet que nous présentons aujourd’hui sont les Règles et Constitutions des Sœurs du Très-Saint-Sacrement établies à Romans, seul exemplaire connu de cet ouvrage de 268 pages imprimé en 1823.
Deux sœurs en religion
Sur la page de garde d’un livre pieusement conservé, une religieuse a laissé ces mots : “Sœur saint Ildefonse, religieuse du Très-Saint-Sacrement dont la maison mère est à Romans. Je suis entrée postulante le 1er septembre 1823. J’ai fait mes vœux le 5 septembre 1825, jour auquel ce livre m’a été donné par Monsieur Fière, vicaire général, qui était à cette époque notre Supérieur. Je dois à ce digne prêtre une éternelle reconnaissance pour tout le bien qu’il m’a fait.” Derrière ce nom de religion se trouve Rosalie Cécile Olympe Belan, née à Grignan le 27 septembre 1803 et morte à Romans le 21 octobre 1879. Fille de Raymond Eymard Belan, marchand droguiste, et de Cécile Nogaret, elle appartient à cette génération de femmes qui, au XIXe siècle, consacrèrent leur vie à l’éducation, au soin des pauvres et à l’adoration eucharistique.
Un autre texte, inscrit sur le dos de la couverture, donne à ce livre une profondeur plus intime encore : “Sœur saint Dosithée est morte le 23 juin 1836. Elle a laissé de grands regrets à sa sœur Ildefonse. Sa fin fut digne d’une bonne sœur du Très-Saint-Sacrement. Adieu chère amie. Bientôt je laisserai aussi cette chair de Terre et mon âme s’envolera à côté de la tienne. Adieu, adieu, jusqu’au jour qui nous réunira. Prie pour celles qui sont encore sur cette triste Terre. Je prie aussi pour que tu t’envoles bientôt dans le séjour de la Gloire jusqu’à que tu aies expié ce qui pouvait te séparer de Dieu au moment que ton âme est sortie de ton corps.” C’est sœur saint Ildefonse elle-même qui a dédié cette note manuscrite à sa sœur regrettée, Thérèse Fanny Belan, née à Grignan le 4 novembre 1804 et morte le 23 juin 1837, elle aussi religieuse du Très-Saint-Sacrement.
L’œuvre du Père Vigne
La vie de sœur saint Ildefonse s’inscrit dans l’histoire d’une congrégation fondée par le Père Pierre Vigne. Tout commence à Boucieu, en Ardèche, dans les premières années du XVIIIe siècle. En 1711, lors d’une mission à Macheville, le Père Vigne rencontre des femmes pieuses désireuses de servir Dieu. Autour d’elles se forme un premier groupe voué à la prière, à l’enseignement et à l’accueil des pèlerins du Calvaire. Le 30 novembre 1715, dans l’église de Boucieu, le Père Vigne bénit leurs habits et la croix de laiton qu’elles porteront sur la poitrine. Ce geste marque la première esquisse de la congrégation du Saint-Sacrement.
Les sœurs vivent alors simplement, dans l’union de cœur, l’obéissance, la chasteté et la stabilité. Elles adorent quotidiennement le Saint-Sacrement et se consacrent peu à peu à l’instruction des jeunes filles puis au soin des pauvres et des malades. Mais la Révolution française disperse les communautés, ferme les maisons et contraint les religieuses à se cacher ou à poursuivre leur œuvre dans la clandestinité.
La renaissance à Romans
La renaissance vient de Romans. Par un décret du 30 juillet 1804, Napoléon attribue aux sœurs une partie de l’ancien monastère de Saint-Just. Cinq religieuses s’y installent en septembre 1804. Malgré la pauvreté, les privations et l’état délabré des bâtiments, la maison-mère reprend vie et le noviciat attire de nouvelles vocations. Lorsque sœur saint Ildefonse entre comme postulante en 1823, elle rejoint donc une congrégation restaurée, forte d’une mémoire éprouvée et d’une mission claire : adorer, instruire, soigner.
L’histoire romanaise du Saint-Sacrement connaîtra pourtant une douloureuse conclusion. Le 29 septembre 1906, les religieuses quittent l’hôpital de Romans après la laïcisation de l’établissement. Elles partent calmes après avoir servi les malades jusqu’à la dernière minute. Mais leur souvenir demeure. Celui de femmes vouées à la charité, à la prière et à une fidélité silencieuse dont sœur saint Ildefonse fut l’un des visages.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/05/30/les-regles-et-constitutions-du-tres-saint-sacrement







