La médaille du centenaire des États du Dauphiné en 1888
L’objet que nous présentons aujourd’hui est une médaille commémorative, seule connue à ce jour, frappée pour le centenaire des États du Dauphiné.
Les prémices de 1789
Le 21 juillet 1788, au château de Vizille (Isère), la réunion des États généraux du Dauphiné marque un tournant décisif. Rassemblant clergé, noblesse et tiers état sans autorisation royale, cette assemblée, née dans le sillage de la Journée des Tuiles (émeute survenue le 7 juin 1788 à Grenoble), réclame la convocation des États généraux du royaume, le doublement du tiers état (personnes n’appartenant pas au clergé et à la noblesse) et l’égalité d’accès aux charges publiques. Prélude à la Révolution française, elle exprime aussi la résistance aux réformes judiciaires et fiscales du pouvoir royal.
Romans, berceau constitutionnel
À l’automne 1788, les États généraux du Dauphiné se réunissent à Romans dans un moment décisif. Après des assemblées préparatoires tenues séparément par les trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers état se retrouvent d’abord dans l’église des Cordeliers (sur l’actuelle place Jules Nadi), puis, lors de la dernière session ouverte en décembre, dans une salle du couvent des Cordeliers. Ce lieu devient ainsi le centre politique de la province au point d’être présenté comme le “berceau de la constitution” nouvelle du Dauphiné.
L’essentiel de ces séances tient à une volonté de réorganiser la vie publique sur des bases plus régulières et plus représentatives. Les députés fixent la composition des États de la province, prévoient leur renouvellement périodique et affirment que les charges, y compris la présidence, doivent relever du libre choix des représentants. Ils refusent donc les privilèges automatiques et défendent le principe de l’élection comme fondement de la légitimité politique.
Mais ces débats institutionnels touchent directement la vie du peuple. Une décision majeure est prise : les corvées pour la construction et l’entretien des chemins sont abolies et remplacées par une contribution en argent supportée par les trois ordres. C’est une mesure importante car elle allège une contrainte pesant surtout sur les populations laborieuses. Les États créent aussi des bureaux consacrés aux impôts, aux routes et ouvrages publics ainsi qu’au “bien public”, preuve d’une attention concrète à l’administration provinciale. Ils votent encore des sommes pour la réparation des routes, s’intéressent aux ateliers de charité, aux digues contre les torrents, ainsi qu’aux questions d’agriculture, d’industrie et de commerce.
Surtout, l’assemblée affirme des principes politiques de grande portée : aucun impôt, aucun emprunt, aucun subside ne doivent être consentis sans délibération des représentants. Les suffrages doivent être comptés par tête, le tiers état doit avoir autant de représentants que les deux autres ordres réunis et enfin, aucune loi ne doit être établie sans le consentement de la nation assemblée. À travers les séances de Romans, on voit donc se dessiner une ambition nouvelle, celle de mieux gouverner la province tout en protégeant les droits du peuple français.
Une visite présidentielle
Le 22 juillet 1888, Romans accueille Sadi Carnot, président de la République, avec faste. Acclamé par une foule immense, salué par les carillons de Jacquemart et les arcs de triomphe dressés en ville, il est reçu à la mairie avant de rejoindre un banquet débordé par l’affluence. Au terme de cette visite mémorable, il pose place Carnot la première pierre du monument des États du Dauphiné, scellant dans ses fondations un procès-verbal et des monnaies frappées en 1888.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/04/04/la-medaille-du-centenaire-des-etats-du-dauphine-en-1888







