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Le jeton de Sébastien de Lionne daté de 1660

L’objet que nous présentons aujourd’hui est un jeton, seul connu à ce jour, du notable romanais Sébastien de Lionne daté de l’année 1660.

Sur l’avers du jeton, nous pouvons lire “SEB. DE LIONNE – MARQUIS DE CLAVESON” pour “Sébastien de Lionne, marquis de Claveyson” avec la date 1660, et sur le revers “CAT. BEATRIX ROBERT – MARQ. DE CLAVESON” pour son épouse “Catherine Béatrix-Robert de Saint-Germain, marquise de Claveyson”, et les deux faces portent les armoiries des deux familles.

Un signe d’autorité

Ce jeton s’inscrit dans une pratique très répandue sous l’Ancien Régime. Bien plus que de simples objets métalliques, les jetons servaient à représenter un rang, une fonction ou une appartenance. Ils étaient utilisés par des institutions, des villes ou des conseils mais aussi par de grands personnages soucieux d’affirmer leur statut. Au XVIIe siècle, dans le contexte de la monarchie administrative, ils deviennent des instruments de distinction sociale, de célébration et parfois même de communication politique. Faire frapper un jeton à son nom, c’était à la fois certifier, récompenser, afficher son prestige et rappeler son autorité.

Une brillante ascension

Sébastien de Lionne, auquel ce jeton rend hommage, naît en 1616 à Grenoble. Il est le fils de Hugues I de Lionne, seigneur de Lesseins et de Triors, docteur en droit et conseiller au parlement de Grenoble, et de Laurence de Claveyson. Héritier d’une famille bien établie, il poursuit une brillante carrière juridique et politique. Reçu docteur en droit civil et en droit canonique à Rome en 1637, avocat en la cour de Grenoble en 1638, il devient conseiller au parlement en 1641. Il exerce cette charge jusqu’en 1666, époque où il devient gouverneur de Romans. Il avait déjà été nommé conseiller d’État par lettres patentes du 20 avril 1648.

Sa trajectoire se double d’une ascension seigneuriale. En 1652, avec sa mère, il cède le château de La Bâtie à son frère Charles puis transmet la seigneurie de Triors à son autre frère, Humbert, lors d’une vente secrète conclue à Grenoble en 1658. La même année, grâce aux bons offices de son cousin Hugues de Lionne, diplomate et ministre d’État sous Louis XIV, il est fait marquis de Claveyson par lettres patentes de décembre 1658.

L’homme semble également avoir laissé le souvenir d’un notable attentif à sa ville. Le 20 octobre 1673, le conseil communal de Romans l’exempte des droits de péage pour les denrées de ses domaines “en considération de ce que son habitation était dans la ville et de ses bons offices de charité à l’endroit des pauvres d’icelle.” Marié le 23 décembre 1642 à Catherine Béatrix-Robert de Saint-Germain, il eut deux filles de cette union. Il meurt le 18 mars 1675.

Une lignée romanaise influente

Sébastien de Lionne appartient enfin à une lignée marquante pour l’histoire romanaise. Son frère, Charles de Lionne dit l’abbé de Lesseins, fut une personnalité majeure de la région, à la fois ecclésiastique puissant, grand collectionneur et mécène. On lui doit surtout un geste décisif pour le patrimoine local. Après les destructions subies pendant les guerres de Religion, la collégiale Saint-Barnard menaçait de disparaître. C’est Charles de Lionne qui finança sa reconstruction et sans son intervention, l’édifice aurait très probablement disparu du paysage de Romans. Ainsi, à travers ce jeton de 1660, c’est tout un milieu familial, politique et culturel qui ressurgit, celui d’une noblesse de robe influente, proche du pouvoir et profondément liée à l’histoire de Romans.

Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/04/18/le-jeton-de-sebastien-de-lionne-date-de-1660

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