Gustave Vincent, un artiste oublié
L’objet que nous présentons aujourd’hui est un très rare catalogue de la Manufacture de bronzes d’art dirigée par Gustave Vincent et installée au 22 côte des Cordeliers, à l’emplacement actuel du Crédit Mutuel. Luxueux et de grande dimension (26×18 cm), il présente des illustrations de toutes ses créations sur 40 pages.
Gustave Vincent est issu d’une ancienne famille de couteliers originaire des Cévennes venue s’installer à Romans dans le courant du XVIIe siècle et qui a donné plusieurs consuls à notre ville, qu’on appellerait aujourd’hui conseillers municipaux.
Il est né le 9 juillet 1855 à Bourgoin, Isère, où son père était allé installer sa coutellerie. Son frère aîné, Léon, est revenu à Romans où il était coutelier jusqu’à sa mort en 1893, et Gustave l’a suivi.
La Manufacture de bronzes d’art de la côte des Cordeliers avait été fondée en 1827 par Louis Seux. Gustave Vincent l’a reprise et agrandie en 1880, l’année même où il a épousé la romanaise Emma Mayence, après avoir travaillé dans de grandes maisons de bronze d’art à Paris et à Lyon.
Un artiste remarqué
Tout en faisant la fabrication générale des ornements d’église, il s’est spécialement consacré aux portes de tabernacles, aux appuis de communion, aux chapiteaux, aux portes de troncs et aux bas-reliefs pour autels.
Pour tous ces divers objets, il a dessiné et créé une longue série de modèles qu’il exécutait dans toutes les dimensions au gré des demandes.
Il s’est fait remarquer dans plusieurs expositions où il a reçu de nombreux prix : à Toulouse en 1887 (médaille d’or), à Rome et à Bruxelles (médaille d’or) en 1888, à Lyon en 1894 (médaille d’argent), à Valence en 1895, et il était président du jury lors de l’Exposition internationale de Romans en 1903.
Notons aussi qu’en 1898, il a été fait chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand par le Vatican en reconnaissance de ses services à l’Église !
Un tronc coffre-fort
Il a inventé des portes de tronc d’église qui avaient une serrure Fichet adhérant à la porte et presque aussi grande qu’elle. Un large rebord ou châssis était encastré dans le tronc ou dans le mur, et y était fixé par huit vis. À l’ouverture où l’on met les pièces de monnaie, il y avait une glissière qui empêchait tout voleur à les prendre au moyen d’un bâton englué. Il était également impossible de forcer le tronc.
Nous savons qu’il était le fournisseur attitré des architectes et des marbriers les plus connus.
En 1886, il s’est diversifié en installant, toujours au 22 côte des Cordeliers, un immense atelier et magasin pour la fabrication d’appareils d’éclairage, de chauffage et de cuisine à gaz, pour la dorure, l’argenture et le nickelage de couverts, services de table et autres ustensiles, et aussi pour la réparation de candélabres.
Gustave Vincent est mort à Romans le 27 avril 1915 en son domicile de la côte des Cordeliers.
Sa veuve, Emma Mayence, vend l’entreprise en 1921 avant de mourir, le 10 janvier 1923 à Romans.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2025/05/24/gustave-vincent-un-artiste-oublie
- Extrait du catalogue de Gustave Vincent. Collection privée Jean-Yves Baxter.