Jean-Yves Baxter Lire →

La franc-maçonnerie à Romans

L’objet que nous présentons aujourd’hui est une médaille de la loge maçonnique romanaise “L’Union des Deux Cantons”, seul témoin connu à ce jour provenant de cette loge.

Secret maçonnique, rites initiatiques et cooptation sont autant de concepts qui fascinent, impressionnent ou effraient les personnes extérieures à la franc-maçonnerie.

Plusieurs loges à Romans

À Romans, la plus ancienne loge maçonnique, “Les Amis Réunis”, fut fondée en 1768 et cessa son activité en 1789. On y trouvait majoritairement des riches négociants et des notables comme Jean-Baptiste Dochier, avocat et historien qui deviendra député puis maire de la ville en 1805. La deuxième loge romanaise, “Les Amis de la Prudence”, reçut ses constitutions du Grand Orient de France en 1777. Il y avait donc deux loges qui coexistaient et se faisaient concurrence, et cette dernière cessa son activité vers 1810.

Il faudra attendre l’année 1847 pour voir naître une nouvelle loge maçonnique à Romans. Le 5 juillet, l’avocat Édouard Darnaud, qui avait déjà cofondé la loge “L’Humanité de la Drôme” à Valence, réunit quelques amis pour fonder “L’Union des Deux Cantons” dont le but était de rassembler les francs-maçons de Romans et Bourg-de-Péage.

La première année, ils se réunissent dans un local loué dans le faubourg Jacquemart. Puis ils érigent un temple, rue Pierre Semard, dont la première pierre est posée en 1853. Il est consacré le dimanche 6 août 1854 et pour commencer la fête, une abondante distribution de pain fut faite aux pauvres.

Les Frères venaient de toutes les couches de la société puisque dans la liste établie en 1861, nous trouvons un avocat, un préposé en chef de l’octroi de Romans, un marbrier, un mécanicien, un docteur en médecine, un chapelier, un chaudronnier, un limonadier, un menuisier, un charpentier, un maître d’hôtel, un bottier, un carrossier, un plâtrier, un négociant, un voyageur de commerce, un corroyeur, un militaire, un traiteur, un teinturier, un marchand de farine, un pâtissier, un sculpteur, un liquoriste, un peigneur de chanvre, un huissier, un horloger, un moulinier en soie, un greffier, un marchand de chaussures, un comptable, un tailleur d’habits, un ferblantier, un professeur des écoles, etc. Avec néanmoins quelques recrues de choix comme Maurice Hyppolite Rochas, maire de Romans de 1848 à 1850.

Ils se réunissent pour la dernière fois en 1865 et le bâtiment est vendu l’année suivante.

Traces de l’ancien temple

L’ancien temple existe encore aujourd’hui et on y trouve quelques traces peintes sur les murs comme un ciel, une corde à nœuds et une corniche que nous montrons ici en photo. Théoriquement, un temple franc-maçon n’a pas de toit et n’est borné que par des murs mais pratiquement, il porte un toit qui est souvent peint en bleu et représente les constellations. C’est le bleu que l’on voit encore dans l’ancien temple de Romans. La corde à nœuds, dont l’on voit aussi quelques fragments, est toujours placée au plus haut des murs du temple, symbolisant le lien entre le nadir (la terre) et le zénith (le ciel). Les nœuds forment un huit qui peut s’apparenter au signe représentant l’infini qui montre bien que le temple n’est pas borné vers le haut. La corniche marque la délimitation physique du temple.

Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2025/04/12/un-objet-une-histoire-la-franc-maconnerie-dans-la-cite-jacquemart

Publier un commentaire