Le poids des farines

Le poids des farinesPar la charte de libertés concédée le 14 février 1450, à Peyrins, le dauphin Louis XI donna aux consuls de Romans-sur-Isère tout pouvoir sur les boulangers, la fabrication, la taxe et la vente du pain.

Pour écarter, s’il était possible, les fraudes que commettaient alors beaucoup de meuniers, le conseil municipal délibéra d’établir un poids public auquel les habitants feraient peser leurs grains et farines, en payant deux deniers par setier, un denier par émine et une maille par quartal.

Les consuls adressèrent cette demande à Guillaume de Gouffier, amiral de France, gouverneur du Dauphiné, qui leur permit, par lettre du 29 juillet 1523, d’ériger le poids et de percevoir le salaire. Le Chapitre ne manqua pas de s’opposer à cette innovation; il fit assigner les consuls au parlement : un procès s’engagea. Pour lever cet obstacle, ces derniers recoururent à l’autorité royale. François Ier était absent et ils obtinrent de Madame Louise, sa mère, le 21 février 1524, un rescrit adressé au parlement pour qu’il eût à confirmer l’établissement de ce poids, s’il lui paraissait utile, sans y comprendre les blés et les farines du Chapitre, si bon ne lui semblait.

Le parlement rendit deux arrêtés conformes à ce désir les 29 novembre 1525 et 31 janvier 1526. Le Chapitre n’eût aucun égard à ce rescrit et il fallut qu’un commissaire, Claude Thomé, convoquât, le 25 janvier 1526, dans la cour des Cordeliers, une assemblée générale où l’on remarquait les Lacroix, les Boffin, les Chastaing, les Gillier et autres notables. 600 délibérants votèrent pour la conservation du poids, 169 seulement contre.

Le salaire des meuniers avait été fixé par la sentence arbitrale de 1212 : pour chaque setier à une pugnère comble, depuis la saint Jean jusqu’à la Noël, et à une pugnère rase, depuis la Noël jusqu’à la saint Jean.

Par conventions des 12 mars 1513 et 7 février 1525, faites avec les possesseurs des moulins, Etienne Combes, Bonaventure Gillier, Barthélemy et Guillaume Berger, Jean et Simon Pélissier, le droit de mouture fut arrêté à six livres et six livres et demie par setier, c’est-à-dire à la vingt-quatrième de la saint Michel à l’Annonciation, et à la vingt-deuxième de l’Annonciation à la saint Michel.

Les consuls donnèrent, le 4 avril 1525, le prix-fait de la construction de la maison du poids des farines, et nommèrent André Dubois, “homme fort capable et de bonne moeurs” pour remplir les fonctions de peseur.

Cette maison, qui portait sur sa façade un écusson aux armes de la ville avec le millésime 1526, fut bâtie sur les fondements de la forteresse appelée la Bastide, laquelle faisait partie de la première enceinte et commandait le passage de la rue de Clérieu.

La ville se trouvant en nécessité de deniers, engagea d’abord à Pierre Barletier pour 156 livres, et ensuite à Antoine Coste pour 494 livres le poids des farines, sous clause de rachat, par actes des 12 août et 26 septembre 1566; enfin la maison a été vendue, moins le local où l’on pesait les farines, le 20 février 1791, pour la somme de 3 200 livres.

Dans le compte-rendu, par Louis Arnoux, aux consuls, du revenu du poids des farines, pour 1643, les recettes vont à 2 904 livres. En 1776, pour une population de 5 636 habitants, le produit de cet établissement, à raison d’un sol par setier, s’était élevé à 854 livres 5 sols 6 deniers et la dépense à 492 livres 1 sol, y compris les appointements du commis, fixés à 300 livres. Ainsi le nombre des setiers de blé convertis en farine avait été de 17 085 et 1/2, soit une consommation de 2 setiers 8/10° par chaque habitant, ou environ une livre et quart de pain par jour.

Les habitants préférant en général faire usage du pain fabriqué par les boulangers, et ayant par conséquent cessé de faire moudre du blé, l’établissement du poids des farines, devenu sans utilité, a été définitivement supprimé en 1841.

Cette maison a été rasée en février 1883, lors des travaux pour adoucir la montée.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère ; Ulysse Chevalier, Fragments historiques, 1900

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