Lettre d’un prêtre de Saint-Barnard qui ne veut pas chanter la grand-messe à la place d’un jeune qui ne pense qu’à s’enrichir, au XVIIIè siècle

Lettre d'un prêtre de Saint-Barnard qui ne veut pas chanter la grand-messe à la place d'un jeune qui ne pense qu'à s'enrichir, au XVIIIè siècleAu XVIIIè siècle, dans une lettre non datée, le dénommé Faure, hebdomadier (prêtre chargé de l’office pendant la durée d’une semaine) en l’église Saint-Barnard de Romans depuis douze ans, s’adresse au chapitre pour exprimer son désarroi face au comportement d’un jeune prêtre refusant de suivre l’usage des dispenses.

Cette lettre fort intéressante nous apprend que certains prêtres n’hésitaient pas à payer des ecclésiastiques pour les remplacer à l’office et que les rivalités étaient assez fortes au sein même du chapitre de Saint-Barnard.

“Vous savez mieux que moi que l’usage de l’église est que le plus ancien est dispensé de chanter la grand-messe. J’ai acquis ce titre par le service de douze ans que j’ai l’honneur d’être prêtre habitué à Saint-Barnard.

J’ai appris avec douleur qu’un jeune prêtre de quatre ans veut m’enlever cette prérogative à raison de sa faible santé qui, grâce au ciel, ne l’empêche pas de travailler à la campagne du matin au soir à la tête de ses ouvriers malgré l’ardeur de la saison, ce que de fréquentes coliques ne me permettraient pas de faire.

Je vous supplie d’observer, Messieurs, qu’à l’église, jamais le prétexte de santé, qu’un chacun ne manquerait pas d’alléguer, ne dispense d’accomplir ou faire accomplir les devoirs attachés à son office. A la cathédrale de Valence, les chanoines sont tenus de faire l’office et célébrer la messe leurs semaines et quand quelqu’un, par absence ou infirmité, ne peut pas remplir ses fonctions, il les fait acquitter par un habitué qu’il paie trois livres pour la semaine. Quand un curé de campagne pauvre est malade, il fait dire la messe par un religieux à qui il donne à dîner et de l’argent.

Je sais, à Saint-Barnard, des ecclésiastiques qui s’offrent à chanter la messe à six sols pour le jeune prêtre qui veut nous faire la loi et renverser l’usage pour charger ses anciens et se décharger d’une obligation qui lui ôterait la liberté d’aller à la campagne, somme qui n’est par onéreuse à un homme plus riche que moi qui, grâce au ciel, n’ai jamais manqué de bonne volonté et de docilité quand on m’a commandé.

Je m’offre à dire encore trois mois et gratis la grand-messe pour lui et à suppléer quand il aura besoin mais il n’est rien de si dur que de faire malgré soi l’office d’autrui. Il en sera délivré à son tour comme les autres.

Toute préférence est injurieuse. Vous savez, Messieurs, que dans les compagnies ecclésiastiques comme dans les corps militaires, on regarde un passe-droit comme un affront, chacun ayant des sentiments et de l’honneur, et voulant soutenir son droit et son rang qu’à sa place, je me garderais bien de disputer à mon concurrent.

Aussi, j’espère de la justice et de la bonté du chapitre qu’il ne voudra pas causer ce chagrin et cette humiliation à moi et à ma famille.

Signé : Faure, hebdomadier.”

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère : 8 Fi 25, Plan de la ville de Romans en Dauphiné, 1789 – Archives départementales de la Drôme : 3 G 5212, Lettre d’un prêtre habitué aux chanoines, sd, 18è siècle.

Publié dans: 18è siècle, Religion

1 Comment on "Lettre d’un prêtre de Saint-Barnard qui ne veut pas chanter la grand-messe à la place d’un jeune qui ne pense qu’à s’enrichir, au XVIIIè siècle"

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  1. Lacquemanne dit :

    Tout s’achète, tout se vend…triste monde !

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