L’armurerie Lyonnet, avenue de la Gare
L’objet que nous présentons aujourd’hui est une rare photo de l’armurerie Lyonnet, avenue de la Gare, aujourd’hui avenue Pierre Semard, à l’emplacement actuel de l’entreprise de pompes funèbres Roblot.
Un armurier venu de Saint-Étienne
Né en 1874 à Saint-Étienne d’un père veloutier (fabricant de velours) et d’une mère plieuse (ouvrière chargée de plier les étoffes), Pierre Marius Lyonnet était armurier à Romans où nous le trouvons dans le recensement de 1921.
Au-dessus de la façade, nous pouvons lire “Armurerie Paul Daïdé, chef armurier en retraite” et sur la porte d’entrée, “P. Lyonnet, successeur”. Et au dos de la photo, il est écrit “Atelier spécial de réparations et de fusils sur commande, Pierre Lyonnet, Armes.” Il ne fait donc aucun doute que c’est Pierre Lyonnet que nous voyons au premier plan à gauche et sa femme, Marie Jeanne Fayet, appuyée sur le chambranle de la porte.
Il y avait six armuriers à Romans en 1906 et quatre en 1911. Au début du XXe siècle, acheter une arme en armurerie en France était nettement moins encadré qu’aujourd’hui. L’État se concentrait surtout sur le commerce et l’industrie, et beaucoup moins sur l’acquisition par un particulier telle qu’on l’entend aujourd’hui.
La gâchette facile
Dans la presse locale de l’époque, nous trouvons de nombreux faits divers impliquant des armes à feu dont voici quelques exemples choisis. Nous avons anonymisé les noms.
En septembre 1901, dans la soirée, un jeune homme de 18 ans, Paul F., clerc d’huissier, montrait le fonctionnement d’un revolver à la bonne du café Guichard, avenue Duchesne. Croyant que la baguette de sûreté était à sa place, il mit le canon contre sa tempe gauche en disant : “Vous voyez qu’il n’y a rien à craindre.” Il pressa la détente et il tomba foudroyé. Le médecin mandé en toute hâte ne put que constater la gravité de la blessure qui rendit le dernier soupir sans avoir repris connaissance.
En août 1905, Marie D., âgée de 44 ans, mère de deux enfants, tenant un café sur le cours Bonnevaux (actuel cours Pierre Didier), a été assassinée. Un ouvrier cordonnier, nommé L., âgé de 35 ans, l’a tuée de trois coups de revolver parce qu’elle refusait de quitter son mari pour le suivre.
En août 1908, le nommé Marius C., âgé de 32 ans, cordonnier, a été condamné à deux ans de prison et cinq ans d’interdiction de séjour pour tentative de meurtre sur la personne de sa femme qu’il blessa d’un coup de feu au visage.
En octobre 1913, le jeune Georges R., âgé de 11 ans, voulut faire peur à son camarade Marcel V. Il prit donc le fusil de son père et le chargeant, se cacha derrière une haie du jardin d’où il appela le jeune Marcel. Celui-ci, arrivant, reçut un coup de feu à l’épaule gauche, à la face et au cou. Effrayé de voir son camarade blessé, le jeune Robert a disparu.
En janvier 1914, Louis S., âgé de 56 ans, serrurier, se prit de querelle avec son beau-fils âgé de 19 ans qui se trouvait en compagnie de son ami B., âgé de 21 ans. Une rixe s’ensuivit au cours de laquelle ce dernier, voulant aider son ami, tira un revolver de sa poche et fit feu sur Louis S. La balle, pénétrant par le dos, vint lui perforer le gros intestin. L’état du blessé est très grave.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/02/14/l-armurerie-lyonnet-avenue-de-la-gare







