Les funérailles de Joseph Fenestrier
L’objet que nous présentons aujourd’hui est l’édition du 4 mars 1916 du journal Le Bonhomme Jacquemart, seul exemplaire connu à ce jour, relatant les funérailles de l’industriel Joseph Fenestrier.
La naissance d’un destin
Lorsqu’il disparaît brutalement, le 25 février 1916, en son domicile du quartier Bel Air à Romans, Joseph Fenestrier n’a pas encore 42 ans. Sa mort, survenue en pleine activité, frappe profondément la ville et tout un monde industriel qui voyait en lui l’un des grands artisans du renouveau de la chaussure romanaise. Né à Romans le 25 décembre 1874, Joseph Marie Noël Fenestrier est le fils de Joseph Fenestrier, charcutier, et d’Émélie Rousset, domiciliés place Fontaine-Couverte. Rien, dans ces origines modestes ne semblait annoncer le destin d’un industriel appelé à marquer durablement l’histoire économique locale.
Après des études commencées à la maîtrise de Romans et poursuivies au lycée de Grenoble, Joseph Fenestrier s’oriente vers l’industrie de la chaussure. En 1895, il achète une petite fabrique située près de la gare de Romans. Trois ans plus tard, le 17 mars 1898, il épouse Juliette Héloïse Marie Robin à Chatuzange-le-Goubet. Avec une rare énergie, il développe son entreprise et comprend très tôt que l’avenir de la chaussure passe par la modernisation des méthodes de production.
Le pari de la modernité
Au tournant du siècle, il abandonne progressivement les anciennes pratiques artisanales pour investir dans la fabrication mécanique. Il équipe son usine de machines modernes, notamment venues des États-Unis, et adopte le procédé Goodyear fondé sur une double couture qui renforce la solidité de la chaussure. Cette audace technique contribue à placer sa maison parmi les plus remarquées de la profession. En 1906, à Romans, il crée UNIC considérée comme la première marque française de chaussures de luxe. Ses succès sont bientôt reconnus au-delà de la ville avec des récompenses obtenues lors des expositions internationales de Bruxelles puis de Turin.
Mais Joseph Fenestrier ne fut pas seulement un patron novateur. Ses contemporains soulignent aussi son attention portée aux ouvriers, son sens de la justice et sa générosité. Il crée notamment une caisse de secours destinée à aider son personnel en cas de maladie. Et son engagement dépasse le cadre de l’usine : conseiller du Commerce extérieur, juge au Tribunal de commerce, président de la Chambre syndicale des fabricants de chaussures de Romans, officier d’Académie, il devient une figure majeure de la vie économique et civique locale.
L’hommage d’une ville
Ses funérailles, célébrées le 28 février 1916, témoignent de l’émotion immense suscitée par sa disparition. Près de 3 000 personnes accompagnent le convoi funèbre. Couronnes, délégations, bannières de sociétés, représentants des écoles, du Tribunal de commerce, de la municipalité, des ateliers de chaussures de Romans et de Bourg-de-Péage : toute la cité industrielle semble rassemblée autour de celui que beaucoup décrivent comme un chef aimé, un ami loyal et un travailleur infatigable. Les discours prononcés sur sa tombe insistent sur son rôle de rénovateur de l’industrie de la chaussure romanaise, sur sa droiture et sur l’élan qu’il a su donner à une activité essentielle pour la prospérité de la ville.
Après sa mort, son fils poursuit l’œuvre familiale. Bien plus tard, en 1978, l’entreprise est rachetée par Robert Clergerie qui y fonde une marque de chaussures haut de gamme pour femmes sous son nom. Ainsi, l’aventure engagée par Joseph Fenestrier continua de résonner dans l’histoire de Romans.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/06/13/les-funerailles-de-joseph-fenestrier-un-patron-novateur







