Antoine Batisse, maître armurier et arquebusier au XVIIIe siècle
L’objet que nous présentons aujourd’hui est un pistolet d’officier fabriqué à Romans au milieu du XVIIIe siècle, seul exemplaire connu à ce jour d’une arme de cette époque provenant de notre ville.
Une signature romanaise
Un pistolet à silex d’officier, long de 34 centimètres et daté des environs de 1760, suffit à rouvrir tout un pan d’histoire romanaise. Sa platine à corps plat porte la signature “Batisse à Romans”. Son canon rond, à pans au tonnerre (partie arrière du canon), son chien à corps rond, ses garnitures en fer et sa crosse en noyer composent une arme sobre et élégante. Derrière cet objet apparaît Antoine Batisse, maître armurier et arquebusier à Romans au XVIIIe siècle.
Né vers 1698 à Uzès, dans le Gard, Antoine Batisse vient d’un milieu déjà lié aux armes car son père, Pierre Batisse, y était maître armurier. On retrouve Antoine Batisse à Romans à la fin des années 1710. En 1721, lorsqu’il épouse Magdelaine Descombes en l’église Saint-Barnard, l’acte de mariage indique qu’il réside dans la ville depuis environ trois ans et qu’il exerce comme maître arquebusier. À partir de 1727, il est aussi qualifié de maître armurier, signe d’une activité désormais bien établie.
Alliances et héritage
Sa vie familiale reflète les alliances locales autant que la dureté de l’époque. Après la mort de Magdelaine Descombes, fille d’un marchand romanais, il se remarie en 1737 avec Marie Anne Accarie, elle aussi fille de marchand. De ces deux unions naissent douze enfants dont sept meurent en bas âge. L’un de ses fils, Pierre, né à Romans en 1742 et mort dans la même ville en 1804, poursuit le métier paternel. À travers lui se dessine une véritable lignée d’armuriers.
Antoine Batisse participe également à la vie de la cité. En 1757, il se porte caution pour son beau-frère Léonard Quinton, artiste peintre, chargé par la municipalité de repeindre en bleu émail et or les trois cadrans et l’horloge solaire de la tour Jacquemart. Ce détail révèle un artisan intégré aux réseaux familiaux, professionnels et urbains de Romans. Lorsqu’il meurt en 1773, il laisse l’image d’un homme reconnu dans son métier et solidement ancré dans sa ville.
Les rois de l’arquebuse
Son activité prend tout son relief dans une cité où le tir possédait une forte dimension sociale. Romans connaissait le Jeu de l’arquebuse, appelé aussi tir du papegai ou papegault. Sur une tour, les habitants venaient éprouver leur adresse en visant un oiseau de bois, le papegai, d’abord à l’arc ou à l’arbalète, puis à l’arquebuse. Le vainqueur recevait le titre de “Roy de l’arquebuse”, il représentait la confrérie pendant un an, recevait les honneurs, quarante livres et parfois des exemptions notamment sur le vin.
Les archives ont conservé la mémoire de plusieurs de ces Roys de l’arquebuse romanais : Malhot en 1523, Michel Espie en 1648, Barthélemy Morel en 1661, Pierre Butherin en 1665 ou encore Jacques Coissieux en 1768. Le registre de la Société du jeu de l’arquebuse fut brûlé publiquement place Jacquemart le 22 septembre 1793, symbole de la rupture révolutionnaire avec ces anciennes institutions.
Ainsi, le pistolet signé “Batisse à Romans” n’est pas seulement une arme ancienne. Il témoigne d’un savoir-faire, d’une dynastie familiale, d’une ville et d’une culture du tir aujourd’hui disparue. À travers l’acier, le noyer et une signature gravée, c’est toute une mémoire romanaise qui réapparaît.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/06/27/antoine-batisse-maitre-armurier-et-arquebusier







