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Journal d’un marchand ambulant pendant la Révolution française

L’objet que nous présentons aujourd’hui est un journal de 78 pages tenu par un marchand ambulant pendant la Révolution française sur lequel nous trouvons tout ses déplacements et des informations plus personnelles.

Un grand voyageur

Il livrait dans les campagnes des grandes quantités de vaches, veaux, brebis, moutons, blé, avoine, vin, bois, sable, paille, trèfle, etc. qu’il achetait dans les grandes foires de la région. On le voit ainsi faire des livraisons à Beaurepaire, Bourg-de-Péage (qu’il appelle le Péage de Romans comme tout le monde disait à l’époque), Crest, Hauterives, La Côte-Saint-André, Le Grand-Serre, Saint-Julien-en-Vercors, Saint-Sorlin, Tain, entre autres lieux.

Les marchands ambulants faisaient des achats groupés dans les foires et supportaient le risque du transport qui se faisait en charrette sur des routes qui n’en étaient pas encore vraiment.

Un marchand ambulant instruit

Il fait énormément de fautes mais au moins, il sait écrire ce qui n’était pas le cas de tout le monde à la fin du XVIIIe siècle. L’indicateur le plus utilisé par les historiens est la capacité à signer son acte de mariage, c’est-à-dire à savoir écrire au moins son nom. Pour la période 1786–1790 ― celle qui nous intéresse ― on estime qu’environ 45% des hommes et 25% des femmes signaient à leur mariage.

Des pages plus personnelles

En plus de ses relevés de comptes, nous trouvons des pages plus personnelles qui nous montrent qu’il n’était pas sans lien avec la ville de Romans.

Étaient-ce des brouillons de lettres qu’il a recopiées et effectivement adressées ? Étaient-ce des lettres qu’il avait prévu d’arracher au journal pour les adresser ? Nous ne le saurons jamais.

Ainsi, le 10 décembre 1795, il écrit : “Ma chère amie, je t’écris ce doux mot pour m’informer de ta santé. Pour moi, je me porte bien grâce à l’Être Suprême. Je souhaite que ma présente te trouve de même. Je pourrai te voir dimanche au plus tard à mon retour de Romans. C’est pourquoi je t’écris ce mot, pour te dire combien j’ai de sentiment pour toi et pour te tranquilliser. Je pense bien à toi au moins cent fois par jour. Il n’y a pas de moment que mon cœur s’occupe de ta personne. Je finis en t’embrassant de tout mon cœur et suis ton fidèle pour la vie.”

Nous voyons alors qu’il était très imprégné des principes et préceptes de la Révolution française. En effet, alors que d’autres disaient encore “grâce à Dieu”, il dit “grâce à l’Être Suprême” dont le culte consistait en une série de fêtes consacrées soit aux grandes journées de la Révolution, soit à diverses entités (l’Être suprême, la Nature, la Liberté et l’Égalité, etc.), soit enfin aux “vertus les plus utiles à l’homme”. Ce culte a disparu au début du XIXe siècle mais il est toujours inscrit dans le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : “L’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen.”

Il signe cette lettre du nom de Goubert mais cette information est malheureusement insuffisante pour connaître son identité.

Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/02/21/journal-d-un-marchand-ambulant-durant-la-revolution

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