L’épicerie Chavanet, cours Bonnevaux
L’objet que nous présentons aujourd’hui est une très rare photo de l’épicerie Chavanet, 12 cours Bonnevaux, aujourd’hui cours Pierre Didier. C’est la seule photo connue à ce jour.
Cette épicerie se trouvait à l’emplacement actuel du Carrefour Express, juste similarité de commerce plus de 120 ans après !
Un épicier venu de l’Ardèche
Henri Gratien Chavanet est né le 5 février 1871 à Cruas (Ardèche) d’un père maçon. En 1900, à Romans, il épouse Marie Pélagie Agathe Vacher, native d’Alixan. Il est alors commissionnaire en tissus à Valence, activité qu’il poursuivra encore deux ans à Romans, boulevard du Nord (aujourd’hui boulevard Gabriel Péri). En 1903, il est épicier, 12 cours Bonnevaux, et c’est très certainement lui que l’on voit, deuxième à gauche sur la photo. Il y reste au moins jusqu’en 1911 comme on peut le vérifier dans les recensements de la ville. Son épouse meurt en 1913 et il se remarie en 1914 à Romans alors qu’il est voyageur de commerce domicilié rue Rabelais. Il meurt en 1931 à Romans.
De sa première épouse, il a eu deux enfants morts nés, et un fils, Charles Henri, né le 10 août 1905, dans l’immeuble familial qui abritait l’épicerie.
Un destin tragique
En 1926, ce fils a fait les titres de la presse régionale bien malgré lui. Le 2 août de cette année-là, on apprenait que deux alpinistes avaient disparu dans La Meije, montagne du massif des Écrins, dans les Alpes. Il s’agissait de Charles Henri Chavanet et d’un de ses amis, M. Coste.
Ils étaient partis du hameau de La Bérarde avec l’intention d’effectuer la traversée de La Meije et de redescendre vers le village de La Grave où ils avaient envoyé des effets de rechange qu’ils comptaient récupérer à leur arrivée. Ils avaient couché au refuge du Promontoire situé à 3 100 mètres d’altitude et, depuis lors, on était sans nouvelles d’eux. À l’époque, cet abri qui se trouvait à sept heures de marche de La Grave était l’étape classique des grimpeurs qui envisageaient l’ascension de La Meije. Une équipée partit pour le refuge où elle trouva des sacs et plusieurs crampons appartenant aux deux alpinistes mais une violente chute de neige interrompit les recherches.
Deux hypothèses étaient envisagées. La première étant que les deux alpinistes soient arrivés de bonne heure au Promontoire et qu’ils aient tenté une exploration de La Meije pour amorcer leur traversée du lendemain. À cet effet, ils auraient quitté leurs sacs et auraient été surpris par un événement météorologique. La deuxième étant qu’ils auraient couché au refuge et que le lendemain, constatant que la météo était défavorable pour effectuer la traversée entière, ils auraient envisagé de n’en faire qu’une partie, en laissant leur bivouac, avant d’être surpris par la bourrasque.
Finalement, les corps ont été retrouvés huit jours plus tard près du glacier des Étançons. Trois jours plus tôt, un guide suisse avait signalé la présence d’un corps humain dans ces parages. Grâce à ses indications, on retrouva facilement les cadavres des deux jeunes gens qui, de la dalle des Autrichiens, au sommet de la muraille de Castelnau, avaient fait une chute de 400 à 500 mètres dans un couloir pour s’arrêter un peu au-dessus du glacier des Étançons.
Charles Henri Chavanet est officiellement mort le 12 août 1926 à La Meije.
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/01/17/l-epicerie-chavanet-et-le-destin-tragique-de-la-famille







