Voyage de Romans aux grottes de Choranche en 1810
L’objet que nous présentons aujourd’hui est un manuscrit de 54 pages intitulé “Relation d’un Voyage fait de Romans aux grottes de Choranche par quatre amis de la nature” et rédigé à Romans en août 1810. L’auteur signe d’une simple initiale “S.” et il n’est donc pas possible de connaître son identité.
Voyage pittoresque en montagne
“Le 18 Août 1810, je partis de Romans avec trois de mes amis, amants de la belle nature, pour aller visiter les grottes de Choranche et porter nos hommages aux sites pittoresques des montagnes.” Ainsi s’ouvre le récit d’un voyage où l’enthousiasme des départs se mêle très vite à la rudesse du terrain. Après une halte joyeuse à Saint-Nazaire, accueillis à l’auberge avec empressement, mets soignés et vins exquis, les voyageurs gagnent Pont-en-Royans où un excellent souper et une courte nuit les préparent à repartir dès quatre heures du matin. Tout au long de la route, la nature leur offre ses contrastes les plus saisissants. Ici une prairie fraîche, des fleurs, un ruisseau paisible et des troupeaux à l’ombre, là, des rochers immenses, des précipices et la Bourne mugissante qui se fracasse contre les pierres dans une écume bouillonnante.
Aventure souterraine héroïque
À Choranche, point de festin somptueux. Une femme leur sert simplement de quoi calmer une faim déjà vive. Puis viennent les deux guides, les cordes, les vivres et l’ascension vers les grottes au prix d’une marche harassante dans un pays “scabreux”, au milieu des buis, des ronces et des brouillards. Lorsqu’ils s’arrêtent enfin dans une première caverne pour faire du feu, leur état dit tout de l’épreuve. Leurs vêtements sont en lambeaux, leurs cheveux mouillés de sueur et leurs visages défaits. Le narrateur se plaît à les comparer à six brigands revenus d’expédition tant leur apparence est devenue sauvage. On sèche les habits, on change de linge, on boit un peu et on allume les torches pour s’enfoncer dans les entrailles de la montagne.
La grotte elle-même apparaît comme un palais souterrain. Il faut d’abord se glisser par un trou étroit, presque à plat ventre, avant de découvrir l’immensité du lieu. Plafond perdu dans l’ombre, stalactites en draperies d’un blanc éclatant, parois ornées de festons et de formes étranges, concrétions semblables à des cloches. Mais l’aventure culmine à Gournier où les voyageurs trouvent un lac souterrain leur barrant la route. D’abord déçus, ils improvisent alors un radeau avec des troncs, des cordes, des branches et du buis. Les voilà embarqués, six hommes sur une construction fragile, éclairés par quatre torches vacillantes, glissant sur une eau noire sous des masses de roche suspendues. Au milieu de cette “mer souterraine”, ils tirent leurs vivres — poulet froid, morceau de bœuf, deux pains — et improvisent un repas.
Retour au foyer
Le retour à la lumière prend alors des allures de renaissance. Après les ténèbres, l’air paraît plus pur, le ciel plus tendre, les montagnes plus belles. Une cascade superbe, découverte au détour du chemin, ajoute encore à l’émerveillement. Les voyageurs se rafraîchissent à Choranche, traversent ensuite des eaux minérales à l’odeur pestilentielle, dînent brillamment au Pont-en-Royans, visitent les ruines du château, boivent du punch avec des amis puis repartent le lendemain entre visites, détours et retrouvailles après une brève séparation de route. Le récit se referme comme il s’était ouvert, sur le retour au foyer : “Nous ne tardâmes pas à partir pour Romans et fûmes dans peu au sein de nos familles.”
Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/04/25/voyage-de-romans-aux-grottes-de-choranche-en-1810







