Par 11 décembre 2017 0 Commentaire Lire →

L’affaire Thivolle : un fils vengeur de sa mère

Alexandre Thivolle, est un paysan aisé et âgé de trente-cinq ans. Il vit avec sa mère, Jeanne Pichat veuve Thivolle, âgée de cinquante-sept ans, dans une petite maison faisant partie d’une propriété dont ils sont fermiers, située au quartier de Jabelin, sur la rive droite du ruisseau appelé le Béal de Rochas.

Le 25 juin 1869, à quatre heures et demie du matin, un voisin nommé Joseph Chapelle, aperçut, en face de la maison Thivolle, le corps d’un homme couvert de sang, inanimé mais respirant encore. À quelques pas, était la veuve Thivolle. Il lui dit : “Mère Thivolle, il y a là un homme qui est tout en sang.” Elle ne répondit rien.

Ce n’est qu’au matin que la gendarmerie se transporta sur les lieux et le blessé fut reconnu être Victor Marc, âgé de quarante-huit ans, marié, sans enfant, demeurant à trois kilomètres de là, au quartier de Voirasier.

Alexandre Thivolle, interrogé, déclara que Marc, était venu, vers minuit, frapper à sa porte et insulter sa mère, et n’ayant pas voulu se retirer malgré ses injonctions, il était sorti armé d’un manche de pelle et l’en avait frappé avec une telle violence qu’il le brisa. Il fut mis en état d’arrestation.

Marc, transporté à l’hospice de Romans, y mourut, dans la journée du 26 juin, sans avoir recouvré la parole. D’après les constatations médicales, sa mort fut le résultat de coups violents portés sur la tête.

D’après les dernières déclarations de l’accusé et de sa mère, le meurtre aurait été commis dans les circonstances suivantes. Revenus de Romans vers onze heures, ils s’étaient couchés, la mère dans la cuisine, le fils dans le grenier. Peu après, Marc s’était présenté à leur porte, demandant qu’on lui ouvrit. Il avait ensuite proféré de grossières injures contre la veuve Thivolle. Alexandre était alors descendu en colère de son grenier. Il avait ordonné à Marc de se retirer et, celui-ci n’obéissant pas, il avait saisi un manche de pelle d’un mètre trente de long et l’avait poursuivi en le frappant avec cet instrument. Marc était tombé le long du chemin. Thivolle s’était alors acharné sur ce malheureux qui ne lui avait opposé aucune résistance et avait continué à le frapper à terre jusqu’à ce que le bâton fut cassé. Pendant ce temps, la veuve Thivolle qui, de la maison, pouvait entendre les coups mais qui, à cause des arbres dont le ruisseau est bordé, ne pouvait rien voir bien qu’il fit clair de lune, appelait au secours, soit du seuil de sa maison, soit d’une fenêtre du premier étage. Alexandre Thivolle revint alors. Le fils et la mère se couchèrent.

A trois heures du matin, celle-ci s’étant levée, elle aperçut Marc étendu sur le chemin. Elle le dit à son fils qui s’approcha du corps et essaya en vain de le ranimer. Peu après, elle partit pour Romans, obéissant sans doute au sentiment de terreur, et le fils alla travailler aux champs. Marc resta privé de tout secours jusque vers sept heures du matin, moment où une jeune fille le vit en passant sur le chemin et donna l’alarme aux voisins.

Alexandre Thivolle fut condamné à deux années d’emprisonnement.

L’Info en +

Pendant ce temps-là. En ville, les accidents de voitures à cheval étaient nombreux et occasionnaient des blessures graves voire la mort car elles étaient le plus souvent découvertes et pas du tout sécurisées. Un de ces accidents est survenu dans le même temps que l’affaire Thivolle. Vers quatre heures du soir. M. Ferrier, chef de bureau à la préfecture, et ses deux enfants étaient montés dans une jardinière, une voiture à cheval à deux roues et découverte. Ils descendaient la côte des Cordeliers lorsque le cheval prit le mors aux dents et les emporta avec une rapidité vertigineuse. M. Sapeilhon, qui conduisait, n’était plus maître du cheval qui enfila la rue Sabaton. Malheureusement, une des roues accrocha l’angle d’un immeuble et le véhicule fut renversé. M. Sapeilhon fut relevé dans un état affreux et mourut dix minutes après l’accident. M. Ferrier fut gravement blessé à la tête et les deux enfants n’eurent que des contusions sans gravité.

Cet article de Romans Historique est paru dans le Dauphiné Libéré : www.ledauphine.com/drome/2017/08/30/un-fils-vengeur-de-sa-mere

Publié dans: 19è siècle, Vie et Métiers

Publier un commentaire