Des auteurs très particuliers

Le sujet est facétieux mais il a les sympathies du public et il ne blesse ni la morale ni le bon goût. De tous temps, depuis Horace, Homère, Pline, Cicéron et tant d’autres, les poètes et les écrivains ont exploité cette mine féconde.

Les auteurs Romanais ayant eu une grande renommée sont peu nombreux alors quand deux d’entre-eux ont fait leurs preuves dans l’art de l’écriture scatologique, on peut parler de “drôles de destins”.

Étienne Isidore Théophile Aymon

Étienne Isidore Théophile Aymon, deuxième fils d’André et de Marguerite Michel, est né à Romans, en 1659, et succéda à son père dans la charge d’écuyer portemanteau du roi.

Mais ce n’est évidemment pas là ce qui lui a valu une certaine célébrité car celle-ci tient uniquement à ce que notre Romanais fut le fondateur et le chef d’une sorte d’académie satirique et littéraire qui fit grand bruit au XVIIIe siècle, sous le nom de “Régiment de la Calotte”. Fondée vers 1702, cette société qui se proposait, tout à la fois, de se moquer et d’enrôler les mauvais auteurs et les sots, emprunta son nom à la calotte de plomb que l’on préconisait alors contre les maladies mentales.

Le recueil “Le Conseil de Momus et la Revue de son Régiment, poème calotin”, publié en 1750, contient quelques lignes sérieuses sur les figures du dieu Crepitus.

Dans la deuxième moitié du premier chant, on peut lire :

Mais il est certains Vents-Coulis

Jadis adorez à Memphis

Qui tantôt sont doux, et paisibles

Tantôt orageux et terribles.

De leur petit monde échappés

Ils se trouvent bien attrapés :

Certes on ne saurait pis faire

Que sortir hors de sa sphère

A peine ces francs étourdi

Désertent le natal logis

Qu’ils deviennent vents inutiles.

Dans le troisième chant, nous voyons apparaître un personnage du nom de Petenlair :

Chacun accourt fort empressé

Non un pied nu l’autre chaussé

Non pas même en robe de chambre

(Qu’on n’arbore plus qu’en Novembre)

Mais avec le bonnet léger

Et le voltigeant Petenlair.

Puis :

Ah Ah, Monsieur du Petenlair

Par ma foi vous avez bon air.

On y trouve aussi une gravure représentant “le Dieu Pet sous la forme d’un enfant accroupi qui semble se presser pour donner de la liberté au vent qui l’incommode.”

Guillaume des Autels

Avant lui, Guillaume des Autels s’était aussi essayé à cet art. Né en 1529 en Bourgogne, il passa une partie de sa jeunesse à Romans où il devint follement amoureux d’une jeune fille, Denise Mahé, qu’il célèbre souvent dans ses vers en l’appelant sa Sainte.

Dans la “Mitistoire barragouyne de Fanfreluche et Gaudichon”, publiée en 1574, on lit, au sixième chapitre de cette facétie rabelaisienne la citation suivante, empruntée au poète Horace : “Quo semel est imbuta receus servabit odorem, Testa diu.”

Ce que Guillaume des Autels traduit par :

Qui en un pot tout neuf voudroit chier

Puis le laisser tant qu’il eust beu l’estron

Il auroit beau après le nettoyer :

Car de long temps il ne sentiroit bon.

Cette traduction, toute réjouissante qu’elle est, en vaut peut-être bien une autre.

Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : www.ledauphine.com/drome/2018/08/19/des-auteurs-tres-particuliers

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