Des mesures de sécurité publique en 1880

Des mesures de sécurité publique en 1880Le 27 mars 1880, un collectif de plus de 150 personnes, en majorité des commerçants, adresse une pétition au maire de Romans-sur-Isère dans les termes suivants :

“En présence des vols récents qui viennent de se commettre dans diverses maisons, soit chez M. Mouret, soit chez M. Chatelan et chez M. Derbet, et afin d’y remédier le plus promptement possible, les soussignés ont l’honneur de vous prier de vouloir bien ordonner, par un arrêté, comme il existe dans presque toutes les villes, la fermeture des portes d’allées de neuf heures du soir à six heures du matin du 1er octobre au 31 mars, et de dix heures du soir à cinq heures du matin du 1er avril à fin septembre.

Chaque locataire étant muni d’un passe-partout, aucun étranger ne pourra s’introduire dans l’intérieur des maisons. Alors nous verrons disparaître tous ces malfaiteurs qui s’empresseront de déserter notre localité. Ce sera donc une grande sécurité, tant pour les propriétaires que pour les locataires.”

Ainsi, le 16 septembre 1880, Jean-Pierre-Jules Rivoire, maire de Romans-sur-Isère, ordonne :

“Considérant que des malfaiteurs ont pu pénétrer, la nuit, dans le domicile des citoyens et s’y livrer à divers vols, parce que les portes principales donnant sur la voie publique avaient été laissées ouvertes ou avaient été mal fermées.

Considérant qu’il est du devoir de l’administration de prendre toutes les mesures nécessaires à la surêté publique.

Arrêtons :

Article 1er – Il est enjoint à tous propriétaires ou principaux locataires de tenir solidement fermées, à partir de dix heures du soir, les portes des corridors, allées, cours et jardins donnant sur la voie publique. Il en est de même des principales portes d’entrée dans les maisons où il y a plusieurs locataires.

Article 2 – Les contraventions au présent arrêté seront constatées par procès-verbaux et poursuivies conformément aux lois.

Article 3 – Le Commissaire de police est chargé d’assurer l’exécution du présent arrêté.”

Le 2 juin 1891, le docteur Marius Bonnet, maire de Romans-sur-Isère, prononcera exactement le même arrêté.

Nous n’avons pas trace des vols ayant motivé ces mesures mais des procès-verbaux de délits commis plus tôt témoignent de la vie quotidienne dans notre ville, au début du XIXè siècle.

Dans la nuit du 16 au 17 février 1812, “le courrier de Nîmes a été attaqué entre Pont-Saint-Esprit et Saint-Alexandre.” La préfecture de la Drôme écrit à la mairie de Romans-sur-Isère : “Le postillon a été tué et un cheval blessé. Il est possible que les coupables, qui ont pris la fuite, se soient réfugiés dans ce département. Vous sentez l’importance de mettre ses brigands sous la main de la justice. Je vous prie de ne négliger aucun moyen pour parvenir à les découvrir.”

Le 2 mars 1812, un vol a été commis chez M. Michel Perrotte, côte des Chapeliers, dont “une pointe de mouchoir de femme damassé, deux coupures d’indienne fond blanc et dessin rouge rayé en traverse, quatre chemises d’homme de toile fine, deux mouchoirs de nez à petits carreaux blancs, rouges et bleus, cinq paires de bas de soie dont deux pour homme de couleur noire, une aussi pour homme de couleur blanche et deux pour femme de couleur blanche et grise avec coins orange, une bague en or à rosette entourée de sept pierres fines et d’un rubis au milieu, une autre bague en or dite jarretière montée d’une pierre.”

Le 28 septembre 1814, “il s’est commis, à Romans-sur-Isère, un assassinat prémédité sur la personne de M. Vincent Derrier, fabricant de bonnets, qui aurait péri sans le secours de quelque personne.”

Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1819, “des malfaiteurs ont cassé des vitres à treize réverbères. Sur les onze heures et quart du soir, le sieur Benoît Duval, cordonnier demeurant voie de l’Aumône dite côte de Jacquemart, entendit casser le vitrage des réverbères sans assurer si c’était avec une pierre ou avec un bâton et vit un homme de petite taille qui était près des mêmes réverbères et qui descendait au quartier du Tortorel.”

Nous ne pouvions pas conclure sans souligner les formules de politesse en usage à cette époque. Le 22 juillet 1818, le préfet de la Drôme écrit au maire de Romans-sur-Isère : “Le 20 avril dernier, j’eus l’honneur de vous écrire pour vous prévenir du vol d’une paire de pistolets de poche carabinés et d’une paire de pistolets de selle. Je viens de recevoir le signalement de ces armes et vous voudrez bien les transmettre aux armuriers de votre commune. J’ai l’honneur d’être votre très humble et obéissant serviteur. Le préfet de la Drôme.”

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère, Série I – Police, Hygiène publique, Justice – 1 I 15 – Délits, Meurtres

Publié dans: 19è siècle, Vie et Métiers

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