Le complot et la terrible condamnation de Jean Serve dit Paumier et de ses partisans

Le complot et la terrible condamnation de Jean Serve dit Paumier et de ses partisansLe 19 juillet 1579, la reine-mère Catherine de Médicis, accompagnée du cardinal de Bourbon, du duc de Mayenne et du maréchal d’Anville, vient en Dauphiné pour y faire accepter l’édit de pacification de Poitiers.

Elle demeure deux jours à Romans-sur-Isère pour entendre les plaintes et la justification du sieur Jean Serve dit Paumier qui exerçait la charge de commandant de la ville sans l’autorisation du roi. Il répondit que le peuple l’avait élu, non contre le service de Sa Majesté, mais pour “la conservation du pauvre peuple”.

La reine ne se sentant pas en mesure de destituer ce chef démagogue, se contenta de lui commander, sous peine de la vie, de faire contenir le peuple en modestie, sans émotion, en attendant la résolution qu’elle comptait prendre à Grenoble.

Le dimanche 14 février 1580, avant Carême, les partisans de Paumier firent un reynage (cavalcade religieuse) et coururent un mouton. Il étaient au nombre de six cents, dont beaucoup à cheval, ce qui donna lieu à des mascarades, à des branles par la ville avec tambours et cornets, des sonnettes aux pieds et des épées nues en mains, disant que les aisés de la ville s’étaient enrichis aux dépends des pauvres gens, qu’il fallait leur faire restituer, etc.

Le même jour, une troupe nombreuse d’habitants de la porte de Jacquemart, ayant à sa tête un jeune homme nommé Laigle, firent un reynage et coururent un coq. Quelques jours après, les notables du quartier de la place et du pont voulurent courir une perdrix, ce qui eut lieu le dimanche suivant, sur la place des Cordeliers, en présence de beaucoup de dames et de gens de la ville. On eut soin d’élire un nommé Laroche, grand ennemi de Paumier, à qui l’on fit tous les honneurs de la royauté.

Le soir, après le souper, il y eut grand bal à l’Hôtel de Ville. Les hommes des deux factions s’y étant rencontrés, sortent tous armés et chargent les uns contre les autres. Plusieurs sont massacrés.

Une bande alla droit au logis de Paumier, qui se trouvait dehors avec huit ou neuf de ses partisans et lui-même armé d’une pique. Après quelques reproches, un jeune homme lui donna un coup d’épieu au visage qui fut suivi de deux coups de pistolet et d’épées.

Le désordre dura trois jours, pendant lesquels les portes de la ville restèrent fermées. Ensuite les romanais, d’accord avec la noblesse des environs, firent des courses dans la campagne, tuant les paysans “comme pourceaux”.

Le 17 février, après que M. le juge ait rappelé ce qui est advenu ces jours passés sur les desseins, conspirations et entreprises de Paumier et ses complices qui avaient voulu attenter sur les gens d’honneur de la ville, il est conclu par l’assemblée que les portes de la ville seront murées, excepté celles de Jacquemart et du Pont, pour éviter toute surprise, et que pour plus de sûreté, les complices dudit Paumier seront désarmés et resserrés le plus promptement qu’on pourra.

Le 27 février, les paysans de la Valloire et du Viennois, demandèrent qu’il fut fait justice de ceux qui avaient meurtri la population. Sur cette plainte, une commission du parlement se rend à Romans-sur-Isère, sous l’escorte de trois compagnies de soldats.

Le 8 mars, on publie un arrêt du parlement qui ordonne le désarmement de la vile et défend, sous peine de la vie, aux marchands de vendre et aux habitants d’acheter des armes.

La commission du parlement établie à Romans-sur-Isère siégea en cour criminelle du 10 mars au 24 avril, jugea quatre vingt neuf accusés et prononça des condamnations terribles, parmi lesquelles :

“La Cour déclare les dits Guillaume Robert dit Brunat et Geoffroy Fleur, accusés et convaincus de crime de lèse-majesté, pour réparation et punition, à être délivrés entre les mains de l’exécuteur de la haute justice, qui les fera traîner sur une claie par les carrefours et rues habituelles de la ville de Romans, depuis les prisons où ils sont détenus (au pied de la tour Jacquemart) jusqu’en la grand place (actuelle place Maurice Faure), et jusqu’à deux potences, à ces fins dressées, pour être pendus et étranglés, et où leurs corps demeureront vingt quatre heures. Passé ledit temps, le corps dudit Brunat sera mis en une potence hors la porte de Clérieux et le corps dudit Fleur en une autre potence hors la porte de Jacquemart, pour y demeurer jusqu’à ce que les corps soient consumés. Et déclare les enfants mâles dudit Fleur infâmes et incapables de toutes successions.

Concernant Jean Serve dit Paumier, ladite Cour le déclare avoir été criminel de lèse-majesté et chef de séditieux et rebelles. Pour réparation duquel crime ledit Serve est condamné à la flétrissure de sa mémoire, son corps sera déterré et pendu par les pieds aux fourches patibulaires de la ville de Romans, et au cas où son corps ne pourrait être retrouvé, il sera exécuté en effigie en ladite place.” (1)

(1) Le jugement original a été ici retranscrit en français moderne.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère

Publié dans: Renaissance, Vie et Métiers

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