Lettre interceptée d’un insurgé romanais à son père, durant la Terreur (Révolution Française)

Lettre interceptée d'un insurgé romanais à son père, durant la Terreur (Révolution Française)Dans les Archives parlementaires de la période révolutionnaire, nous trouvons un article intitulé : “Lettre interceptée d’un Lyonnais à son père.”

Cette lettre était adressée “au citoyen Costalin, à la ci-devant place des Princes, à Romans en Dauphiné.”

Dans quel contexte le dénommé Costalin a-t-il essayé d’envoyer une lettre à son père ? Qui était-il ? Quelle était sa famille demeurée à Romans ? Autant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre.

Contexte

La Terreur est la période de la Révolution Française comprise entre juin 1793 et juillet 1794 pendant laquelle des mesures d’exception furent prises contraignant les citoyens à obtempérer aux ordres du gouvernement révolutionnaire.

Les contre-révolutionnaires Lyonnais se soulèvent contre la Convention nationale qui, en représailles, fait le siège de la ville du 9 août au 9 octobre 1793. Une armée d’environ 65 000 hommes se retrouve ainsi devant quelques 10 000 insurgés Lyonnais. La plupart avaient prêté serment de fidélité à la République une et indivisible et juré de s’opposer au royalisme.

C’est la veille du début de ce siège qu’un insurgé d’origine romanaise envoie une lettre à son père mais que celle-ci est interceptée.

Contenu de la lettre interceptée

“Lyon, à 7 heures du soir, le jeudi 8 août [1793].

Dans le moment que je vous écris, mon cher père, le tocsin sonne, le canon d’alarme tonne, tous les hommes sont sur le champ de bataille ; l’ennemi est aux portes de Lyon ; les Lyonnais l’ont repoussé trois fois, ils se battront jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour soutenir la République une et indivisible. Ce scélérat de Dubois-Crancé veut le pillage ou trente millions. Il nous fait passer pour des rebelles qui ont arboré la cocarde blanche et qui veulent un roi. Au contraire, voici un fait qui vient d’arriver. Il arrive ici des bouviers, portant la cocarde blanche ; ils ont été arrêtés aux portes. On leur a demandé pourquoi ils portaient cette cocarde ; ils ont répondu qu’on leur avait dit que les Lyonnais l’avaient arborée ; il y en a un qui a fort mal répondu et qui a fait le mutin, on l’a mis en état d’arrestation et on tient conseil de guerre pour, peut-être, dit-on, le fusiller. On a trouvé une lettre de Danton qu’il écrivait à Dubois-Crancé, où il lui dit de mettre tous les rebelles de Lyon (ce sont ses termes) en cendres pour faire réussir notre projet, et “n’oublie pas surtout, lui dit-il, de donner les assignats sans les compter, pour gagner ton armée.” On nous apprend que l’on vient de tuer 150 hommes à l’ennemi ; on leur a pris cette nuit deux pièces de canon ; nous n’avons que quelques-uns des nôtres de blessés. Je vous embrasse ainsi que ma tante ; j’embrasse aussi ma mère et ma soeur.

Adressée au citoyen Costalin, à la ci-devant place des Princes, à Romans en Dauphiné.”

Notes :
– Les bouviers sont des personnes qui s’occupent des boeufs, les gardent, conduisent leur attelage.
– Les assignats étaient du papier-monnaie émis en France de 1789 à 1796 et dont la valeur était assignée (gagée) sur la vente des biens nationaux.
– La place des Princes est aujourd’hui dénommée place Lally-Tollendal, à Romans-sur-Isère.

Au bas de la transcription de cette lettre, Dubois-Crancé, général qui dirigea le siège de Lyon, a ajouté la note suivante : “Cette lettre interceptée prouve encore que la calomnie et le mensonge étaient sans cesse mis en usage par les chefs de la conspiration ; toutes les prétendues victoires sur les troupes de la République étaient fausses mais le mensonge et la calomnie n’en produisaient pas moins un effet dangereux.”

Qui était ce dénommé Costalin ? Quelle était sa famille demeurée à Romans ?

La lecture des registres paroissiaux de la ville de Romans au XVIIIè siècle montre que les Costalin ont donné de nombreux ferblantiers sur quelques générations.

Malheureusement, les sources manquent pour établir avec certitude le nom de cet insurgé.

Peut-être s’agit-il d’un des fils de Joseph Costalin, ferblantier, et Catherine Repiton, qui se sont épousés en la paroisse Saint-Barnard de Romans, le 8 janvier 1764 ?

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère, Registres paroissiaux – Archives parlementaires, Tome 77, du 19 au 28 octobre 1793, séance du 19 octobre 1793 – Illustration : Le Siège de Lyon, anonyme.

1 Comment on "Lettre interceptée d’un insurgé romanais à son père, durant la Terreur (Révolution Française)"

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  1. Oui il est bon de creuser cette lettre…on ne sait plus où est la Terreur???
    Histoire histoire quand tu nous tiens l’année du “mariage républicain” (rêvé par les protestants pour qu’il ne soit plus un sacrement 1793 !!!)
    J’ai vu “sur” Nantes les horreurs “républicaines ” de 1793 par ce Jean-Baptiste Carrier, né en 1756, guillotiné le 16 décembre1794 un acteur de la Terreur. Son nom reste associé aux massacres et aux noyades de Nantes de 1793 et 1794.
    du clubs des Cordeliers et des Jacobins. ( s’oppose à Guillaume François Laennec. vote l’exécution du roi) envoyé à Nantes (septembre 1793) pour faire cesser la révolte vendéenne
    Il fait aussi mourir les condamnés en les faisant noyer dans la Loire, procédé que Carrier appelait « la déportation verticale », la Loire étant en conséquence qualifiée dans ses écrits de « fleuve républicain ». la construction de bateaux équipés de trappes (« bateaux à soupapes ») ou la célébration de « mariages républicains » ( consistant à attacher les condamnés deux par deux de préférence un homme avec une femme, nus avant de les jeter à l’eau).. sur les 13 000 prisonniers détenus à Nantes, (1 800 à 4 000 noyés, environ 2 000 fusillés et guillotinés et environ 3 000 morts du typhus[3] ou autres maladies).
    « Il vous est ordonné, écrit-il au général Haxo, d’incendier toutes les maisons des rebelles, d’en massacrer tous les habitants et d’en enlever toutes les subsistances ».
    « J’avais écrit à Francastel à Angers, de les faire noyer en cet endroit, mais le foutu coquin n’a pas osé le faire ». Tréhouart ayant à sa disposition un brigand, Le Batteux, qui pillait les campagnes au nom de Jean-Baptiste Carrier,….il dénonça Francastel au Comité de salut public comme contre-révolutionnaire et fédéraliste et la Société populaire « régénérée » d’Angers le dénonça à la Convention comme terroriste. Le Comité de législation étudia sa conduite et prit la décision de ne pas le sanctionner. ( Jullien de Paris, fils du député de la Drôme à la Convention, Marc Antoine Jullien, agent de ce Comité, ayant, lors de son séjour à Nantes, constaté la folie meurtrière de Jean-Baptiste Carrier, appuiera les dires de Tréhouart.!!! Tréhouart, avait ordonné au général Grignon: “Tu feras trembler les brigands, auxquels il ne faut faire aucun quartier; nos prisons regorgent des prisonniers en Vendée!…: Il faut achever la transformation de ce pays en désert. Point de mollesse ni de grâce…
    Bonne journée

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