Par 8 décembre 2014 0 Commentaire Lire →

Révélations sur la mule du pape Pie VI conservée en l’église Saint-Barnard

Révélations sur la mule du pape Pie VI conservée en l'église Saint-BarnardParmi les reliques de l’église Saint-Barnard de Romans-sur-Isère se trouve une mule (ou pantoufle) du pape Pie VI mort à la citadelle de Valence, le 29 août 1799, alors qu’il y était prisonnier.

Nous savons que la mule de Romans avait été donnée par le père Tourel, curé de Cliousclat, qui la tenait depuis 1851 d’une famille de Ravel dont nous ne savions rien.

Le Dauphiné Libéré du 23 novembre 2014 nous apprenait que l’association des Amis de Saint-Barnard avait découvert qu’une seconde mule, identique, était en possession du Musée des Arts décoratifs et du design de Bordeaux. Nous savons qu’elle apparaît, en 1932, dans le legs destiné à la ville de Bordeaux par le vicomte Pierre Emeric de Pelleport Burète, fils de Charles de Pelleport Burète, sénateur et maire de cette ville, qui l’avait reçue le 20 mars 1907 du cardinal Victor Lucien Sulpice Lecot, archevêque de Bordeaux, mais sans savoir comment ce dernier l’avait reçue.

Après en avoir parlé avec Jacques Mazade, président de l’association des Amis de Saint-Barnard, il fut décidé que je fasse des recherches pour résoudre ces deux énigmes et nous sommes aujourd’hui en mesure de révéler l’histoire de ces deux mules du pape Pie VI.

La mule de Romans.

Lorsque le pape Pie VI fut emprisonné à la citadelle de Valence, en 1799, on demanda à quelques gros propriétaires de la ville de faire apporter tous les meubles qu’ils voudraient bien prêter.

Dans Les Martyrs, Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu’au XXe siècle, le R. P. Dom H. Leclercq rapporte que le commissaire Curnier écrivit, le 18 messidor an VII (6 juillet 1799), à Messieurs de Jansac, de Rostaing, Roux, de Ravel, de Montalivet, de Saint-Germain, Savoie et de Bressac : “Je suis chargé, citoyens, de faire préparer pour recevoir le pape et sa suite un logement convenable ; j’ai choisi pour cela l’hôtel du Gouvernement, mais cet établissement étant absolument dépourvu de meubles, je suis obligé d’y pourvoir. Je viens en conséquence vous prier de vouloir bien, s’il vous est possible, prêter provisoirement, sous mon récépissé, quelques lits, des matelas, des chaises, etc. Comme il faut absolument que ces appartements soient prêts au moins le 22 de ce mois, ayez la complaisance de me répondre de suite et de dire ce que vous pourrez fournir pour cet objet.”

Joseph Antoine de Ravel est né le 24 novembre 1733, à Valence, de Joseph de Ravel de la Forbine et Jeanne Anne Rouveyre du Pareaux (ou du Parot). Il était ancien capitaine de Dragons, chevalier de l’Ordre royal de Saint-Louis et propriétaire. Il a épousé Catherine Jeanne de Ravel des Crottes, native d’Aix, le 31 octobre 1786, à Cléon-d’Andran.

Tous deux étaient domiciliés à Valence et comme nous savons que plusieurs personnes reçurent des effets personnels du pape en remerciement de services rendus, c’est donc dans leur famille qu’arrive une mule du pape.

Joseph Antoine de Ravel et Catherine Jeanne de Ravel des Crottes eurent un fils, Antoine François Marie, né le 31 mai 1789 à Valence, rentier, ancien capitaine de Dragons, ancien lieutenant des vaisseaux du roi, chevalier de l’Ordre royal de Saint-Louis et chevalier de la Légion d’Honneur. Il a épousé Louise Ennemonde Olympe de Bismard, le 9 janvier 1818, à Valence.

Mais aussi, et c’est très important, Antoine François Marie de Ravel était maire de Cliousclat où il est mort, le 23 mars 1881.

Voilà comment le père Tourel, curé de Cliousclat, reçut la mule du pape de la famille de Ravel.

La mule de Bordeaux.

Victor Lucien Sulpice Lécot (ou Lecot) est né le 8 janvier 1831 à Montescourt-Lizerolles (Aisne). Il fut ordonné prêtre, à Compiègne, le 25 juin 1855, puis nommé évêque de Dijon, le 3 mars 1886, archevêque de Bordeaux, le 3 juin 1890, et enfin, cardinal, le 12 juin 1893. Il mourut le 19 décembre 1908, à Chambéry, en revenant de Rome pour rejoindre son archidiocèse de Bordeaux.

Dans l’ouvrage Pie VI à Valence de Charles Poncet, édité à Paris en 1868, nous pouvons lire qu’après la mort du pape Pie VI, “une mule en soie blanche recouverte de broderies d’or fut donnée comme honoraires à M. Arbod, avocat, aujourd’hui juge au tribunal de Valence, par le fils de l’ancien concierge de la citadelle, et que M. Arbod s’est empressé d’offrir à son éminence Monseigneur Donnet, cardinal archevêque de Bordeaux, son parent.”

Nous pouvons alors facilement supposer que le cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux, tenait la mule directement de son archevêché.

Il reste néanmoins un point à préciser car Charles Poncet nous parle d’une mule en soie blanche alors que les mules de Romans et Bordeaux sont en soie rouge. Mais il est très probable qu’il se soit trompé car celles-ci étaient habituellement de couleur rouge.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère – Pie VI à Valence, Charles Poncet, Ed. A. Bray, Paris, 1868 – Les Martyrs, Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines du christianisme jusqu’au XXe siècle, R. P. Dom H. Leclercq, 1903-1924, Abbaye Saint-Benoît de Port-Valais (Suisse) – Archives départementales de la Drôme, Registres paroissiaux et d’état civil de Valence, Cliousclat et Cléon-d’Andran – Archives départementales de l’Aisne, Etat civil.

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