Par 7 septembre 2013 0 Commentaire Lire →

Chroniques anarchistes romanaises à la fin du XIXè siècle

Chroniques anarchistes romanaises à la fin du XIXè siècleA la fin du XIXè siècle, il résulte de divers rapports dressés par la police et les commissaires de tout le Midi que le foyer le plus important de l’anarchie se trouve de Romans à Beaucaire.

17 mars 1891 : Un fait révoltant s’est produit à l’église Saint-Barnard au moment où le prédicateur de la mission achevait son sermon. Une quinzaine de vagabonds ont crié, à un signal convenu : “Vive l’anarchie ! Faisons sauter l’église !” et d’autres amabilités. Aussitôt, une panique s’est produite dans la foule. Heureusement, le clergé de la paroisse et les missionnaires tranquillisèrent la foule tandis que plusieurs citoyens procédaient à l’expulsion immédiate des braillards. Le calme rétabli, les exercices ont été achevés sans incident. C’est la seconde fois que ce fait se produit.

10 avril 1892 : L’anarchiste Sébastien Faure, dont les conférences de Valence et surtout de Romans firent un certain bruit, vient d’être arrêté à Marseille.

7 janvier 1894 : Rue Guillaume, un chiffonnier, dit le Père Peinard, criait : “Vive l’anarchie !” Pas moyen de le faire taire, au nom de la liberté, et pas moyen pour les agents de l’arrêter, au nom de l’humanité. On l’a traîné cependant au poste, puis à Valence en prison.

18 février 1894 : Le nouveau commissaire spécial de Valence est venu à Romans et a dirigé des perquisitions. Un repaire était signalé sur la route de Génissieux. Les recherches ont porté sur cet endroit. Le secret le plus absolu a été gardé. Le bruit court dans la ville que plusieurs anarchistes sont venus s’y réfugier.

19 février 1894 : Notre région a été mise en émoi par des arrestations à Romans, à Bourg-de-Péage et à Valence. A Romans, tandis qu’on embarquait pour Valence les compagnons arrêtés, Bénevise et Barnave, un jeune homme, ouvrier en chaussures, aurait crié : “Vive l’anarchie !” On l’a relâché ainsi que plusieurs autres. Ont été gardés à la disposition du Parquet : Martin, dit le Bossu, Dalmais, Romansville, Bertrand, Vivier, Malon, Payen et Blanchet. Martin et Dalmais se sont montrés particulièrement violents. Tous ont montré grande assurance, se glorifiant de leur qualité d’anarchistes. On n’a saisi chez eux que des papiers, dit-on, peu compromettants.

22 février 1894 : Les compagnons Barnave et Bénevise, de Valence, reconnus ouvriers laborieux, ont été remis en liberté. Barnave, cependant, aidé de trois autres individus, a essayé le lendemain de son élargissement de faire passer du tabac et des objets de toilette à ses amis les anarchistes de Romans encore détenus. Romansville et Vivier, de Romans, celui-ci père de cinq enfants, ont été aussi relâchés.

26 février 1894 : A Romans, une demoiselle R., épicière, montée des Récollets, constatait sur le rebord de sa fenêtre la présence d’une boîte noire d’où s’échappait, par un petit orifice, une mèche à demi consumée. Effrayée, elle fit appeler la police. Le secrétaire du bureau, M. Roux, se hâta d’accourir. Pour prévenir tout accident, il fit tomber la boîte mystérieuse dans la rue et nulle détonation ne se produisit. M. Roux l’emporta et, en l’ouvrant, on s’aperçut qu’elle contenait des rognures de cuir. La mèche était formée d’un bout de corde noirci et l’extérieur de l’engin, véritable bombe de cordonnier, n’était autre qu’une boîte à sardines enduite de cirage liquide.

4 mars 1894 : Au soir, sept individus à mine suspecte entrèrent dans le café Alloncle, à Peyrins, et se firent servir à boire. M. Alloncle, qui est également secrétaire de la mairie, refusa de leur servir une nouvelle consommation. Il fut alors menacé et insulté par ces individus. Une rixe sanglante éclata. Un des individus sortit un poignard et en frappa plusieurs personnes. Bouteilles et verres volèrent en éclats sur les paisibles consommateurs. Il y a eu plusieurs blessés. La gendarmerie a ouvert une enquête. Les coupables habitent tous Romans et sont anarchistes. Trois ont été reconnus.

11 mars 1894 : A Romans, on a saisi une grande quantité d’armes et de brochures. Cinq arrestations. De nouvelles arrestations sont imminentes. L’agitation est grande parmi les anarchistes.

18 mars 1894 : Quatre des arrestations de Peyrins et de Romans ont été maintenues. Il y a un anarchiste de 20 ans qui, seul, a eu toujours l’air plein d’arrogance et fier de ses hauts faits.

15 avril 1894 : Les anarchistes de Romans qui provoquaient dernièrement une rixe sanglante dans un café de Peyrins, seront traduits en correctionnelle pour coups et blessures, puis passeront devant les prochaines assises de la Drôme pour affiliation à une association de malfaiteurs. Ils seront défendus par maître Dossat, avocat au barreau de Valence.

2 septembre 1894 : Des perquisitions ont été opérées à Romans, chez Maurice Descombes, dénoncé comme anarchiste. Naturellement, on n’a rien trouvé. Sa mère, affolée, serait morte de frayeur.

17 février 1895 : Merchet, 26 ans, tonnelier du Vaucluse, déjà condamné pour vols dans diverses églises des environs de Romans, était accusé de propagande anarchiste dans la prison de Valence, de menaces de mort et d’apologie au crime. Les débats ont eu lieu à huis-clos, ce qui a beaucoup contrarié le prévenu, l’auditoire et les nombreux socialistes accourus de Valence et de Romans. Il avait préparé un long papier pour sa défense. Le tribunal a condamné Merchet a deux ans de prison et 2 000 francs d’amende. En quittant le palais, le condamné a crié : “Au revoir, camarades !”

15 février 1897 : Dans la nuit, des anarchistes ont placardé, sur les murs de Romans, des affiches qui sont un appel à la révolte. Elles attaquent surtout le clergé et la propriété.

28 décembre 1897 : La conférence faite à Romans par M. Lockroy a été très houleuse. Sur les instances de l’assistance, Maurice Faure, député de Valence, a cédé la présidence à un collectiviste, M. Ducros, ouvrier chapelier. Cependant, quelques collectivistes et une dizaine d’anarchistes ont interrompu à diverses reprises le conférencier. Les orateurs socialistes et anarchistes ont reproché en termes très vifs aux radicaux de n’avoir rien fait pour le prolétariat et de n’avoir pas proposé au Parlement l’abrogation de la loi contre les menées anarchistes.

Sources : La Croix de la Drôme, Le Journal de l’Ain, Le Stéphanois.

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