La ville de Romans vue par les voyageurs du XIXè siècle

La ville de Romans vue par les voyageurs du XIXè siècleAu XIXè siècle, les voyages étant plus faciles et moins dangereux qu’auparavant, le récit de voyage devient une mode littéraire même s’il reste réservé à une classe très minoritaire disposant de temps pour voyager ou pour lire.

Ces récits nous apprennent beaucoup sur la topographie des lieux visités et sur le mode de vie et le caractère des gens rencontrés.

Que nous disent ces voyageurs sur la ville de Romans et ses habitants ?

Romans est une ville généralement bien bâtie et fort agréablement située sur la rive droite de l’Isère que l’on passe sur un beau pont de pierre par lequel elle communique avec le Bourg-du-Péage, et d’où l’on jouit d’une vue magnifique.

Elle est ceinte de murailles flanquée de tours carrées, entourée d’un fossé et l’on y entre par cinq portes.

Au lieu de cette multitude d’enseignes nauséabondes (“Ici on donne à boire et à manger”, etc.) qui fatiguent l’oeil dans Valence, on remarque ici avec plaisir, dans chaque maison, une boutique occupée par un artisan à l’oeuvre.

Romans est resté la ville commerçante du Moyen Âge. Dans ses rues anguleuses, plus de drapiers mais des cordonniers, des galochers, des chapeliers, des cordiers. Chapeaux, souliers et cordes font vivre une armée de coupeurs, de souffleurs de poils et de tireurs de chanvre.

Quand cette armée sort le soir, son travail fini, les petites places caillouteuses aux escaliers amputés de plusieurs marches, les longues avenues craquantes de poussière, les quartiers neufs, orgueilleux, à cinq étages, s’emplissent d’accent dauphinois, nulle part plus pur, plus religieusement conservé. Les sabots claquent sur les trottoirs. Des compagnies d’hommes s’attardent au café et vident leurs dernières bouteilles avant d’aller manger la soupe. Des bataillons de femmes passent en jacassant.

A Romans, la vie se consume laborieusement et lentement. Il n’y a pas de plaisir bien vif qui la trouble et la dévore. Pas de spectacle ni de bruyante réunion. La salle de spectacle, située au milieu de la belle promenade du Champ-de-Mars, est petite mais bien décorée. La foule ne se rencontre qu’à l’église.

Romans possède d’excellents hôtels comme ceux de la Coupe d’Or et du Lion d’Or.

Les habitants sont remarquables par leur politesse et leur hospitalité.

Les romanais ont un tempérament actif et ce qu’on a le bon désir de faire à Valence, on le fait à Romans.

La parole est rapide et élevée.

La physionomie du romanais paraît presque toujours émue, impressionnée, en travail d’un projet.

Le réveil, chaque matin, est rapide, presque instantané et, alors même que sévit la rigoureuse température de l’hiver et que le jour n’est pas levé, les lieux publics et les cafés sont déjà éclairés et emplis par une foule qui parle haut et vite, et traite de ses affaires, de son négoce, de son marché, de ses intérêts municipaux.

Les romanaises sont citées avec raison pour la vivacité de leur esprit. Les traits de leur visage sont rarement réguliers mais leur physionomie intelligente, la vivacité de leur regard, l’accentuation un peu précipitée de leur voix, donnent une grande valeur à l’ensemble de leur personne et attirent sur elles une attention bien souvent pleine de charmes.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère – Illustration : Carte postale “Papeterie Carle frères et soeurs, Romans”, Romans en 1856 – Guide pittoresque du voyageur en France, Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, 1838 – Manette, Hippolyte Bonnellier, 1841 – Le Dauphiné, Gaston Donnet, 1900 – Voyages à travers les Dauphinois : notes sur le caractère des gens de la Province, Amédée Guérin, 1889.

Publié dans: 19è siècle, Vie et Métiers

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