Les grèves ouvrières au début du XXè siècle

Les grèves ouvrières au début du XXè siècleA Romans-sur-Isère, le début du XXè siècle a été marqué par de nombreuses grèves ouvrières dont certaines ont troublé l’ordre public dans toute la ville.

Le 21 janvier 1908, les seize ouvriers employés par M. Zuretti, entrepreneur des travaux d’installation de l’éclairage électrique, commencent un mouvement de grève pour demander une hausse des salaires, à savoir 0,40 francs (environ 1,45 € actuels) de l’heure au lieu de 0,50 francs le mètre courant pour les terrassiers et 0,50 francs (environ 1,85 € actuels) de l’heure au lieu de 0,33 francs de l’heure pour les manoeuvres. Un rapport de la direction de l’entreprise, daté du 29 janvier suivant, nous apprend que “les ouvriers grévistes étaient employés au creusement de tranchées pour la pose des câbles conducteurs de courant électrique à haute tension” et que “le travail ayant été ajourné en raison de la basse température, cette grève n’a eu aucune répercussion et est passée à peu près inaperçue.”

En mai 1910, la grève des ouvriers menuisiers de la ville de Romans-sur-Isère se passe dans “le calme le plus absolu” mais les revendications étant régulièrement modifiées, l’accord entre les patrons et la Chambre Syndicale des Menuisiers et Charpentiers ne sera signé que le 21 juin suivant.

Ce même mois, les ouvriers plâtriers-peintres de la ville obtiennent dans le calme une augmentation de 10%, soit un salaire horaire porté à 0,55 francs (environ 2,00 € actuels).

Mais la grève des ouvriers de l’usine de caoutchouc manufacturé Lefort, en mai 1912, n’a pas été aussi pacifique. Le 4 mai, la direction informe la mairie de Romans-sur-Isère que “le plus grand nombre des ouvriers et ouvrières ont demandé de reprendre leur travail” et demande au maire, le docteur Ernest Gailly, “de prendre toutes les mesures utiles pour assurer complètement le respect absolu de la liberté de travail.” Le 7 mai, la direction adresse un nouveau courrier à la mairie : “J’ai l’honneur de vous informer que mon usine a été ouverte à nouveau ce jour à sept heures du matin. A la sortie de midi, les gendarmes et les agents de ville ont pu, à grand peine, protéger mes ouvriers et ouvrières contre les menaces de brutalité d’une foule composée, pour les neuf dixièmes, d’étrangers à mon usine. A la reprise du travail de une heure et demie, chaque ouvrier et ouvrière a du supporter les coups de toute la populace contre laquelle les agents et les gendarmes étaient complètement impuissants.” Le jour même, Monsieur le maire demande au préfet de la Drôme de “faire envoyer d’urgence dix gendarmes à cheval pour aider au maintien de l’ordre.” Le lendemain, à trois heures de l’après-midi, il envoie un télégramme : “Prière envoyer vingt-cinq gendarmes à pied et vingt-cinq gendarmes à cheval pour assurer ordre public troublé par grève usine caoutchouc Lefort. Extrême urgence.” Entre temps, la direction à décidé de fermer l’usine et, une heure plus tard, Monsieur le maire envoie un nouveau télégramme au préfet pour annuler sa requête mais demande au colonel commandant le 75è Régiment d’Infanterie de prêter le secours de deux compagnies pour assurer la surveillance. Le 9 mai, les ouvriers et la direction signent un procès-verbal de conciliation stipulant que “le renvoi de M. B., chef de fabrication, est maintenu ; le salaire minimum d’embauchage est de 3,50 francs par jour (environ 11,10 € actuels) ; tous les ouvriers travaillant actuellement dans les atelier Lefort recevront une augmentation de 40 centimes (environ 1,27 € actuels) jusqu’à concurrence d’un salaire de 4 francs (environ 12,70 € actuels) ; il ne sera exercé aucun renvoi pour faits de grève.” Le 10 mai, la grève est terminée, Monsieur le maire demande le retrait des troupes et des gendarmes, et il est temps de compter les blessés : “M. V. présente une plaie contuse des dimensions d’une pièce de deux francs en argent à la face palmaire de la main gauche” et “M. B. présente une contusion au niveau des vertèbres lombaires et une petite plaie contuse au côté interne du pied droit.”

Bien d’autres grèves suivront parmi lesquelles celle des tailleurs de pierre, maçons et aides-maçons, en avril 1919, qui demandent que la semaine de 48 heures de travail soit exécutée en cinq journées et demi, et celle du personnel de la fonderie A. Caslani, place d’Armes, en juin de la même année. Ce sera ensuite le conflit des tailleurs d’habits qui obtiennent du Syndicat de l’Habillement de Romans-Bourg-de-Péage, “qu’à partir du 1er octobre 1919, les habits et vestons à façon leur soient payés 58 francs (environ 72,70 € actuels), et les redingotes ou pardessus en taille, 54 francs (environ 67,70 € actuels).”

Plus tard, viendront les grandes grèves ouvrières de 1936 mais cela est une autre histoire…

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère, Série F – Population, Economie sociale, Statistique – 7 F 72 – Grèves – Ouvriers de différentes corporations – 1887-1939

Publié dans: 20è siècle, Vie et Métiers

1 Comment on "Les grèves ouvrières au début du XXè siècle"

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  1. breton dit :

    Monsieur,
    Mon arrière grand père,M.Eugène Desmariot aurai
    tenue la manufacture de caoutchou de la drome, à Romans avec un associé.

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