Jean-Yves Baxter Lire →

Les Tanneries Roux à l’Exposition universelle de Paris en 1900

L’objet que nous présentons aujourd’hui est le tampon de marque des Tanneries Roux créé spécialement pour l’Exposition universelle de Paris en 1900. En bois, il mesure 35×38 cm et pèse 4,5 kg.

Une saga familiale

L’histoire des Tanneries Roux s’enracine profondément dans celle de Romans, ville longtemps façonnée par les métiers du cuir. Elle débute en 1803 lorsque Joseph François Roux acquiert une tannerie et ses dépendances dans le quartier de la Presle, au bord de la Savasse, alors cœur de l’activité des tanneurs. Cet achat, conclu dans le cadre d’un contrat de “mariage à vente” avec Rosalie Clément, marque la naissance d’une aventure entrepreneuriale appelée à traverser les siècles.

L’entreprise passe ensuite à Just Roux, fils du fondateur. À sa mort prématurée en 1855, son épouse Sabine Odoard prend en main les affaires, avant que leur fils Ulysse n’entre à son tour dans l’entreprise en 1865. Cette continuité familiale témoigne d’un savoir-faire patiemment construit, transmis de génération en génération.

Un essor international

Au XIXe siècle, les Tanneries Roux se développent dans un environnement particulièrement favorable. Romans constitue alors un pôle du cuir très dynamique où tanneurs, mégissiers (personnes qui préparent les peaux par tannage à l’alun), corroyeurs (personnes qui traitent le cuir tanné pour lui donner sa dernière finition et le rendre propre à divers usages) et fabricants d’outils spécialisés participent à un véritable écosystème industriel. Sous le nom de Roux Fils & Cie, l’entreprise gagne en notoriété et reçoit plusieurs distinctions internationales : médaille de bronze à Paris en 1878, médaille d’argent à Anvers en 1885, médaille d’or à Barcelone en 1888, puis à Paris en 1889. Ces récompenses traduisent le rayonnement acquis bien au-delà de la Drôme.

La fin du XIXe siècle constitue toutefois un tournant majeur. Jusqu’en 1895, Ulysse Roux dirige l’entreprise avec son frère Émile mais une scission familiale intervient : Émile rachète un moulin dans le quartier de la Martinette pour le transformer en tannerie et fonde sa propre société. Dès lors, deux Tanneries Roux coexistent à Romans. Le site créé en 1897 par Émile développe de nouvelles productions destinées à la maroquinerie et à la chaussure tandis que la branche d’Ulysse conserve la corroierie. Cette diversification accompagne la spécialisation croissante de l’industrie romanaise qui se concentre alors entre quelques grandes entreprises de plus en plus mécanisées.

Vers le haut de gamme

Au début du XXe siècle, les Tanneries Roux participent à l’Exposition universelle de Paris en 1900, vitrine du progrès industriel de la Belle Époque. Pendant la Première Guerre mondiale, elles figurent également parmi les rares usines romanaises mobilisées pour la Défense nationale, preuve de leur importance stratégique dans l’économie locale.

Au fil du XXe siècle, malgré le recul de l’industrie de la chaussure à Romans et le déclin du nombre de tanneries françaises, la maison Roux parvient à se maintenir en adaptant ses productions et ses marchés. Fidèle à son ancrage historique, elle se repositionne progressivement vers les cuirs haut de gamme. Plus de deux cents ans après son origine, elle incarne ainsi une remarquable continuité entre héritage artisanal, capacité d’innovation et mémoire industrielle romanaise.

Cet article est aussi paru dans le Dauphiné Libéré : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2026/03/21/a-paris-en-1900-les-tanneries-roux-a-l-exposition-universelle

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