Par 4 décembre 2017 0 Commentaire Lire →

L’assassinat du père Tardy

Dans la nuit du 18 avril 1907, un assassinat odieux a été commis à Peyrins sur la personne de Frédéric Tardy, âgé de soixante-cinq ans. L’autopsie montra qu’il avait reçu un violent coup de marteau au crâne et qu’il fut achevé avec une bille de chêne, à coups répétés. Un dernier coup a brisé le bras de la victime au-dessus du poignet. Le vol ne semblait pas être le mobile du crime car des titres et des valeurs furent trouvés intacts, à leur place, et une petite somme de monnaie entre le matelas et la paillasse.

Cet assassinat demeura non résolu jusqu’en 1908. Les Chauffeurs de la Drôme, ainsi appelés parce qu’ils brûlaient les pieds de leurs victimes pour leur faire avouer où elles cachaient leur argent, furent arrêtés et avouèrent leurs nombreux crimes, y compris l’assassinat de Frédéric Tardy.

Voici comment ils firent la description de cette funeste soirée du 18 avril 1907. Ce jour-là, vers neuf heures du soir, Liottard et David arrivèrent chez Tardy qui n’était pas encore rentré. Ils l’attendurent un bon moment, dissimulé dans la cuisine, et lorsqu’il arriva, ils refermèrent brusquement la porte. “Où est votre argent ?”, lui demanda David. “Ne me faites pas de mal, je vais vous le donner”, répondit Tardy. Et comme il se dirigeait vers l’endroit du mur où était accroché son fusil, Liottard l’abattit d’un formidable coup de bille de bois sur la tête et les deux complices l’achevèrent à coups de talon. Dans la cour, ils prirent un gros caillou qu’ils trempèrent dans le sang et qu’ils placèrent ensuite sous le hangar, près de la charrette, pour brouiller les pistes.

David affirma que le coup avait été indiqué à Liottard par un dénommé Joubert qui, trois ans auparavant, avait tenté d’assassiner Tardy et qui pour ce fait, se trouvait en prison où il rencontra Liottard. Ce dernier affirma que le coup lui avait été indiqué par Berruyer et qu’ils avaient partagé le produit du vol, quelques francs. “À la prison de Valence, Joubert m’a bien parlé du père Tardy qu’il avait essayé de tuer d’un coup de fusil mais c’est tout”, précisa-t-il. La femme de Berruyer fut aussi interrogée devant la cour d’assises. Elle apparut misérablement vêtue et tenant, dans ses bras, sa petite fille âgée d’environ trois ans. Le président lui rappela qu’elle avait été inculpée car elle était apparemment au courant de tout mais qu’elle avait bénéficié d’une ordonnance de non-lieu. Quelques jours après le crime, en lisant la nouvelle dans le journal, elle aurait dit à son mari : “Liottard ne s’est pas contenté de voler Tardy, il l’a tué.”

Berruyer habitait au 26 de la rue Pêcherie, à Romans, avec sa femme et leurs quatre enfants. Ils étaient bien considérés dans le quartier et y passaient pour des gens pauvres mais honnêtes. Pourtant, la nuit, sans éveiller l’attention du voisinage, ils recevaient leurs complices de la bande des Chauffeurs de la Drôme.

Liottard, Berruyer et David furent guillotinés en public, le 22 septembre 1909, face à l’entrée de la prison de Valence.

L’Info en +

Trois ans plus tôt, au mois de février 1904, Frédéric Tardy avait déjà été l’objet d’une tentative d’assassinat ! Un soir, il était assis à sa fenêtre lorsqu’il reçut un coup de fusil qui l’atteignit en pleine figure. Il fut horriblement blessé et eut le nez et une lèvre arrachés. Il fut transporté à l’hôpital de Romans où il resta en traitement pendant plusieurs mois et en sortit défiguré à jamais. Il n’avait pu reconnaître son agresseur mais les soupçons se portèrent sur un cultivateur de Miribel nommé Joubert, avec lequel il était en mauvais termes. La justice le fit arrêter et malgré ses dénégations, il fut traduit devant la cour d’assises qui le condamna à dix ans de travaux forcés. Quelques mois après son arrivée au bagne, il mourut, faisant entendre une dernière protestation. Après l’assassinat de Tardy, en 1907, et avant les aveux de Liottard, en 1909, l’opinion publique était persuadée que c’était la même personne qui avait récidivé et que la condamnation de Joubert constituait une monstrueuse erreur judiciaire.

Cet article de Romans Historique est paru dans le Dauphiné Libéré : www.ledauphine.com/drome/2017/08/23/l-assassinat-du-pere-tardy

Publié dans: 20è siècle, Vie et Métiers

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