La fermeture des maisons de tolérance

La fermeture des maisons de toléranceA l’heure où certains députés proposent la réouverture des maisons de tolérance (ou maisons closes), intéressons-nous à la fermeture de ces maisons à Romans-sur-Isère suite à la loi du 9 avril 1946, dite loi Marthe Richard.

Comme ailleurs, la prostitution est ancienne à Romans-sur-Isère. En référence à une de ces maisons, la rue du Chapitre portait dans le cadastre de 1590 un nom obscène qu’elle a même conservé sur le plan de la ville fait en 1821 : la rue du Bordel.

Au début des années 1930, il existait quatre maisons de tolérance dans notre ville : 7 rue de l’Epaule, 2 et 19 rue La Bâtie, et 1 rue Jamonet (ces trois rues, aujourd’hui disparues, se trouvaient au-dessus de la côte Poids des Farines, dans le quartier des Terreaux). La tolérance est toujours donnée à une patronne et chaque maison a trois, quatre ou cinq femmes qui sont libres d’y entrer et de s’en aller comme elles le désirent.

A cette époque, l’arrêté municipal du 30 mai 1882 réglemente encore la prostitution à Romans-sur-Isère. Lorsqu’une femme entre en maison, elle est aussitôt conduite au Commissariat de Police où elle dépose ses papiers d’identité et elle est inscrite au registre des moeurs. Aucune mineure ni étrangère ne peut entrer en maison. Chaque samedi, à 11 heures, le docteur, accompagné du brigadier de police, se rend dans chaque maison pour effectuer une visite sanitaire. Si l’on se trouve en présence d’une malade, elle est immédiatement hospitalisée à la charge de sa patronne. Lorsqu’une femme quitte une maison, elle est conduite chez le docteur. Si elle est malade, elle est encore hospitalisée. Si elle est saine, elle récupère ses papiers d’identité au Commissariat de Police et elle est déclarée sortante pour la ville où elle se dirige.

A Romans-sur-Isère, une fermeture des maisons a été exécutée le 23 juin 1944 mais, sur réclamation de Mesdames Chalançon et Ruffe, tenancières, le Préfet de la Drôme a ordonné leur réouverture dès le 13 juillet 1944.

Le 15 octobre 1946, conformément à la loi dite Marthe Richard, les trois dernières maisons de tolérance de Romans-sur-Isère sont fermées :

– Au 1 rue Jamonet, la maison de Mme Marie Valéry Blanche Chalançon

– Au 2 rue La Bâtie, la maison de Mme Madeleine Suzanne Batagne veuve Ruffe ; celle-ci étant décédée quelques jours auparavant, la notification de l’arrêté est adressée à Etienne Marius Genestier, propriétaire de la licence et du matériel de ladite maison

– Au 19 rue La Bâtie, la maison de Mme Maria Gilli née Wernli.

Le rapport de Pierre Viallet, commissaire de Police de Romans-sur-Isère, précise que “les arrêtés de tolérance ont été retirés aux intéressés ainsi que tous registres d’hôtel et de contrôle de police. Les pensionnaires de ces maisons ont quitté la ville après une dernière visite sanitaire. Aucun incident n’est à signaler.”

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère, Série I – Police, Hygiène publique, Justice (1 I 14 – Police des moeurs, Fermeture des Maisons de Tolérance) ; Plan d’aligenement de 1821

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