Histoire du cinéma à Romans

alhambra-cinema-1960C’est vers l’année 1898 que les romanais furent invités, pour la première fois, à assister à une projection cinématographique au théâtre de la ville.

Trois ans plus tôt, le 28 décembre 1895, au Salon Indien du Grand Café, boulevard des Capucines à Paris, avait eu lieu la première séance publique payante du Cinématographe Lumière. Les dix films projetés ce jour-là sont devenus des “monuments historiques” et ce sont les mêmes que l’on pouvait voir à cette première séance cinématographique à Romans : La Sortie de l’Usine Lumière à Lyon, La Voltige, La Pêche aux poissons rouges, Le Débarquement du Congrès de Photographie à Lyon, Les Forgerons, Le Jardinier (l’Arroseur arrosé), Le Repas de bébé, Le Saut à la couverture, La Place des Cordeliers à Lyon et Baignade en mer.

Quelques années plus tard, lors des fêtes de Pâques et de la Saint-Jean qui se déroulaient sur la place du Champ de Mars, à Romans, en plus des manèges, loteries et autres attractions, on voyait souvent des films montrés par des forains qui les achetaient à la sortie des studios pour les projeter de ville en ville.

Ces représentations commençaient à avoir un certain succès et la première salle de projection cinématographique ouvrit rue Jacquemart. Elle diffusait des films les samedis et les dimanches et faisait d’assez bonnes affaires, si bien qu’elle s’installa rapidement dans des locaux plus grands, rue Guilhaume (le bâtiment n’existe plus et a été remplacé par l’immeuble d’habitation L’Aiglon). Cet établissement n’eut cependant qu’une brève existence.

Puis, Edouard Joud, cafetier sur la place Jules Nadi, installa un grand écran sur lequel il projetait tous les soirs, du mois de mai jusqu’à la fin du mois de septembre, des films documentaires, comiques et dramatiques à sa clientèle. Les programmes changeaient trois fois par semaine et le prix des consommations était majoré.

C’est alors qu’en 1908, fut ouvert à Romans, place d’Armes (aujourd’hui, place Jean Jaurès), dans une partie des bâtiments de l’ancienne usine de chaussures Gailly, l’Alhambra Cinéma Pathé Frères exploité par la Société des Cinématographes Monopole dont le siège était à Lyon et qui possédait diverses salles dans la région. Il y avait cinq séances par semaine : une matinée le jeudi et le dimanche, et une soirée le jeudi, le samedi et le dimanche. Le prix des places était de 30 centimes (1,16 euros actuels) en seconde, 50 centimes (1,93 euros actuels) en première et 75 centimes (2,90 euros actuels) pour les places réservées. Cette salle qui contenait mille places présentait cependant un défaut puisqu’elle avait deux séries de colonnes qui supportaient la charpente et seuls les spectateurs placés dans l’axe de la projection voyaient l’écran en entier.

L’Alhambra Cinéma terminait sa saison dans le courant du mois de juin pour ne la reprendre qu’au mois de septembre.

Durant la période estivale, la direction transportait son appareil de projection sur la marquise du café Deroux (aujourd’hui, café Le Central) et projetait les films sur un écran tendu entre deux poteaux au milieu de la place de la Liberté (aujourd’hui, place Ernest Gailly). Il y avait sur cette place quatre cafés, un à chaque angle, qui installaient leurs tables sur la place même et les propriétaires participaient aux frais en versant une somme forfaitaire.

Les films étant muets, les explications étaient données par des sous-titres et les spectateurs qui étaient derrière l’écran, qui était transparent, voyaient le film à l’envers. Mais tout le monde était content et la saison connaissait un large succès.

Ce succès incita d’ailleurs le propriétaire du Café des Négociants, à l’angle de la rue Jacquemart et de la place de la Gare (aujourd’hui, place Carnot) à installer, lui aussi, un écran en plein air et à projeter des films depuis une fenêtre du premier étage de son immeuble. Cet écran était fixé devant la statue des Etats généraux et on voyait les films de toute la rue Jacquemart. Cependant, cette exploitation fut déficitaire car l’intéressé était seul à supporter tous les frais et elle ne fut poursuivie que durant deux ou trois étés.

En 1913, la Société des Cinémas Modernes, exploitant grenoblois, acheta le terrain sur lequel se trouvait l’ancien établissement des Frères des Ecoles Chrétiennes, rue de l’Armillerie, pour y construire un nouveau cinéma appelé Cinéma Palace (plus tard, Le Club et aujourd’hui, salle Jean Vilar). Cette salle comptait 900 places, un balcon et des loges, et connut un très grand succès.

Avant la Seconde guerre mondiale, d’autres projections en plein air eurent lieu pendant quelques étés place Jules Nadi, devant le café Riche (aujourd’hui, Crédit Mutuel), au quartier Saint-Nicolas, près du pont Neuf (pont de Lattre de Tassigny), et place de la Liberté (aujourd’hui, place Ernest Gailly), devant le café Fayet, à l’emplacement de celui qui avait été installé plusieurs années auparavant.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère – 17 PER – Photographie : collection particulière Cinéma Planète.

2 Comments on "Histoire du cinéma à Romans"

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  1. Jean-Yves Baxter dit :

    Effectivement, j’aimerais bien voir cette mention dont vous parlez. Je suppose qu’ils parlent de l’Alhambra aujourd’hui Cinéma Planète.

    J’ai en projet d’écrire une histoire plus complète des cinémas à Romans et j’ai déjà réuni d’autres informations au cours de mes autres recherches. Pour le moment, j’emmagasine.

    Votre projet de projection de films muets est une très bonne idée ! Le projecteur de la salle Jean Vilar fonctionne toujours ?

  2. Gilles Chétanian dit :

    Le très érudit “Dictionnaire des cinématographes en France (1896-1897)” de Jacques et Chantal Rittaud-Hutinet, Honoré Champion, Paris, 1999, mentionne “Le Journal de Valence” qui dans son édition du 22 janvier 1897 fait état de “représentations de photographie animée” dans “un important établissement installé sur la place du champ de Mars”. Hélas il n’y est pas fait mention du programme.
    Je tiens le passage à votre disposition.
    Je profitais justement de mon séjour à Romans en début de semaine pour étudier la faisabilité d’organiser des projections de films muet avec le projecteur Gaumont exposé salle Jean Vilar. Votre article conseillé par une personne des archives communales était un parfait état des lieux sur l’histoire des premières projections romanaises. Si vous avez des pistes à me suggérer pour en savoir plus elles seront les bienvenues.
    Merci en tout cas pour votre travail.
    Très cordialement

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