Ce n’est pas la Martinette qui coule au pied des maisons de tanneurs !

Ce n'est pas la Martinette qui coule au pied des maisons de tanneurs !Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la Martinette qui coule au pied des maisons de tanneurs, au quartier de la Presle !

Depuis plusieurs semaines, nous pouvons constater que le canal de la Martinette est fermé et que l’eau continue à couler au pied de ces maisons.

Dès le début de mes recherches, on m’a mis en contact avec Georges Hubert (cité avec son autorisation), responsable de l’entretien des eaux et fontaines de la ville, car il avait déjà fait le même constat ayant lui-même fermé le canal de la Martinette.

Le canal de la Martinette est fermé et il est donc incontestable que l’eau qui continue à couler au pied des maisons de tanneurs provient d’une autre source.

Il ne restait alors plus qu’à chercher le nom de cette source.

En discutant avec Georges Hubert qui avait déjà réfléchi à la question et en consultant un plan de l’hôpital de la Charité daté de 1730 (cote 11 Fi 02 aux Archives de Romans), la réponse apparaissait clairement.

Ce plan aquarellé et légendé a été dessiné dans le cadre d’une procédure entre l’hôpital qui s’appelait alors “de la Charité” et certains propriétaires.

Deux légendes désignent le ruisseau qui court aujourd’hui au pied des maisons de tanneurs sous le nom de “Péléat” :

– “Q : C’est un jardin et moulin appelé Aumône qui appartient aux pauvres de la Charité, lequel moulin travaille par le moyen des eaux appelées de la Martinette et de celle du ruisseau de Péléat, lesquelles eaux sans difficulté, le meunier fait traverser le jardin le long des murailles de la dernière maison de Sainte Claire pour les mettre dans le canal du moulin neuf; étant fermier a tous les moulins desdits pauvres au nombre de trois séparés.”

– “X : C’est le canal du moulin Gilliers appartenant aux dits pauvres, ou la moitié est l’eau de la Martinette et de Péléat. S’écoule en plusieurs autres sortant de plusieurs tanneries, à Chauchères pour l’action dudit moulin.”

Le moulin Gilliers se trouvait à l’angle de ce qui est aujourd’hui le quai Sainte-Claire et la rue Fontessort. Nous sommes donc bien exactement au bon endroit et à cette époque, cette partie du canal recevait les eaux de la Martinette et du Péléat.

Sur un plan du quartier de la Presle daté de 1730, ce ruisseau est dénommé “Péléat”.

Dans son ouvrage “Les rues de Romans, suivi de Fragments historiques” publié en 1900, l’historien romanais Ulysse Chevalier écrit, page 7 :

– “La rue Sainte-Claire, prolongement de celle des Chauchères, est bordée au midi par les anciens bâtiments de ce couvent, aujourd’hui converti en tannerie. Du côté opposé court le petit ruisseau appelé le Pelaya.”

La rue Sainte-Claire n’existe plus et elle se trouvait sur ce qui est aujourd’hui le parking de la Presle qui était alors occupé par de nombreuses habitations.

La rue des Chauchères était une partie de l’actuel quai Sainte-Claire, au niveau du commissariat de police.

Nous sommes donc toujours au bon endroit et il est probable que le “Pelaya” soit une altération phonétique du “Péléat”.

Jadis, cette partie du canal recevait les eaux de la Martinette et du Péléat. Aujourd’hui, nous sommes certain qu’elle reçoit toujours au moins les eaux du Péléat.

Mais lorsque le canal de la Martinette est ouvert, son eau se déverse-t’elle encore au pied des maisons de tanneurs ?

Non.

On peut le démontrer par l’observation : lorsque le canal est remis en eau, cela n’augmente pas le niveau du ruisseau au pied de ces maisons.

On peut aussi le démontrer par les archives.

Le 8 décembre 1952, Me Louis Bossan, notaire à Romans, adresse un courrier à Monsieur le maire de Romans (cote 3 W 31 aux Archives de Romans) : “Monsieur le Maire, j’ai fait part aux héritiers C. de la décision prise par la Ville de Romans de renoncer à l’acquisition de l’ancien moulin de la Presle. Ils me prient de vous demander de vouloir bien remettre dans son état primitif le canal que la Ville a détourné. Les locataires ne payent plus de location en raison de l’état actuel de ce canal.”

A cette date, il est donc incontestable que la Martinette ne coule plus dans cette partie de la ville.

Faisant suite à un rapport du 24 septembre 1951 signé par le directeur du service de la voirie et des eaux répondant à une pétition de riverains de la rue Rochefort et de la Savasse dénonçant les conditions de salubrité, ces travaux ont été exécutés par l’entreprise Valette & Mommée et réceptionnés par la Ville de Romans le 12 mai 1952 (cote 3 W 31 aux Archives de Romans).

Les archives ne le précisent malheureusement pas mais la Martinette a été détournée et se déverse maintenant dans la Savasse, au niveau du commissariat de police.

Nous pouvons donc conclure qu’aujourd’hui, seules les eaux du Péléat coulent au pied des maisons de tanneurs.

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère – 11 Fi 02, Plan de l’hôpital de la Charité, 1730 – 3 W 31, Eau, La Martinette, 1951-1952 – Les rues de Romans, suivi de Fragments historiques, Ulysse Chevalier, 1900, Valence, Jules Céas & Fils imprimeurs

2 Comments on "Ce n’est pas la Martinette qui coule au pied des maisons de tanneurs !"

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  1. Jacques Lacquemanne dit :

    Bravo, vous êtes toujours aussi précis et méticuleux…comme doit l’être un véritable historien. Merci

  2. bellier dit :

    merci pour ces précieuses informations jusque là inconnues apparement!!!
    Salutations
    Josephine

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