Quand il fallut donner un nom aux quais de l’Isère

Quand il fallut donner un nom aux quais de l'IsèreLe 8 juin 2013, les nouveaux quais de l’Isère ont été inaugurés à Romans-sur-Isère.

Leur construction est récente. Jusqu’au milieu du XIXè siècle, les rues descendaient directement à la rivière et certaines maisons avaient “les pieds dans l’eau”.

C’était particulièrement le cas au port Rivail (aujourd’hui rue Port Rivail). En cet endroit, le premier étage des maisons est désormais en sous-sol et l’on peut facilement imaginer les berges de la rivière frôlant ces maisons (voir gravure et photos ci-dessous).

Les inondations fréquentes dans le bas de la ville ont nécessité la construction de quais et lorsque les travaux furent terminé, il fallut leur donner un nom.

Ils n’ont pas toujours porté les noms de quai Dauphin, quai Ulysse Chevalier et quai Chopin.

La séance du Conseil municipal réuni le 16 février 1867 fut essentiellement consacrée à ce sujet et le docteur Ulysse Chevalier, historien, pris longuement la parole pour proposer plusieurs noms à l’assemblée :

“Les quais forment trois sections qu’il serait nécessaire de distinguer par des noms particuliers. A l’imitation de ce qui se fait aujourd’hui dans toutes les villes bien administrées, nous devons puiser ces noms dans les souvenirs historiques de la localité.

Sur l’emplacement de l’abattoir (à l’angle de la rue des Teintures), se trouvait au XIIIè siècle un moulin avec une maison et un jardin qui appartenaient à l’abbaye de Vernaison. Après diverses aliénations et vicissitudes, ce moulin et ses dépendances étaient possédés au siècle dernier par François Faure et dame Charbonnel, sa femme, qui en firent don, en 1775, à l’hôpital général (à l’emplacement actuel de l’entrée de la place de la Presle).

Les bâtiments de l’hôpital général vendus en 1831 à la Ville pour y établir des casernes étaient, en 1343, l’habitation d’un personnage important, Humbert Colonel, chambellan du Dauphin et châtelain de Pizancçon.

On trouve ensuite une ruelle appelée anciennement port Rostaing et à présent port Rivail (aujourd’hui rue Port Rivail), du nom d’un procureur qui, au siècle dernier, y avait son étude bien connue des plaideurs.

Mais le souvenir historique le plus remarquable et le plus digne d’être conservé est celui qu’à laissé dans le quartier dont nous nous occupons, le dauphin Humbert II. Ce prince n’avait point de demeure, en 1338, quand il vint dans cette ville prêter hommage au chapitre de Saint-Barnard et fut obligé de loger à la Presle, chez Jacques Coyratier. Afin d’éviter à l’avenir une semblable gêne, il fit l’acquisition de deux maisons qui formaient un tènement entre le pont (aujourd’hui pont Vieux), l’Isère et la rue de la Pêcherie (aujourd’hui rue Pêcherie). C’est là qu’il signa le Statut Delphinal, le 14 mars 1349.

Vous trouverez sans doute, Messieurs, ce souvenir assez considérable dans l’histoire de Romans pour être perpétué au moins par une modeste inscription placée aux deux extrémités du quai.

Le quai en amont, à cause de sa longueur, doit se diviser en deux parties ayant le point d’intersection au port Sabaton (aujourd’hui en bas de la rue Sabaton), limite des deux paroisses.

Dans la première section se trouve l’église Saint-Barnard, le plus ancien et le plus important monument de la ville qu’il a vu naître. Sur l’emplacement de l’îlot de maisons situées au levant, Jean de Bernin, archevêque de Vienne et abbé de Romans, s’était fait construire, vers le milieu du XIIIè siècle, un palais où il résidait souvent. Conservons, Messieurs, le souvenir de ce généreux prélat en donnant son nom à une des rues voisines du lieu qu’il chérissait et gardons-nous d’imiter l’insouciante ignorance des chanoines de Saint-Barnard qui, au siècle dernier, ne savaient même plus le nom de l’archevêque qui avait construit à ses frais les magnifiques voûtes sous lesquelles ils siégeaient.

Les pieds des maisons qui suivent baignaient naguère dans l’Isère. A la place de la première de ces maisons était un moulin recevant son action des eaux du Tortorel. Cette usine appartenait au commencement du XVIè siècle à Humbert Odoard, châtelain du mandement de Pizançon.

Plus loin (dans la maison abritant aujourd’hui les Archives municipales), se trouvait l’habitation de François Reymond-Merlin du Cheylas, conseiller au parlement. Il fut condamné, le 16 septembre 1769, par contumace, à la peine de la roue pour avoir tué en duel et d’une manière déloyale le sieur Lambert Suel-Béguin.

A l’endroit où très anciennement s’élevait la maison dite du Bonhomme, on voit la grande caserne (caserne Servan, aujourd’hui immeuble Valdemosa) construite sur une partie de l’emplacement d’un hôpital fondé en 1421 par Didier Villars dit Rebatte, marchand drapier. Cet établissement recevait les pauvres, les étrangers et les infects en temps de peste, et fut ensuite converti en collège. Deux rues voisines, celles de l’Infirmerie et des Vieilles Ecoles, rappellent par leurs noms ces diverses destinations. En donnant à une rue du voisinage le nom de Rebatte, on compléterait un souvenir historique et on acquitterait une dette de reconnaissance envers un bienfaisant compatriote.

L’église Saint-Nicolas, dont la fondation remonte à une époque très reculée, rappelle que ce quartier fut d’abord occupé par des gens de rivière. C’est aujourd’hui, comme avant la Révolution, une paroisse très importante.”

Le Conseil municipal, après avoir écouté avec intérêt ce résumé des faits et actes historiques et félicité le docteur Ulysse Chevalier, décida à l’unanimité que les quais seront désignés l’un quai du Dauphin (de la Savasse au pont), l’autre quai Saint-Barnard (du pont au port Sabaton) et le troisième quai Saint-Nicolas (du port Sabaton au rempart Saint-Nicolas).

Les quais furent plus tard prolongés et élargis, et leurs noms changés :

– le quai du Dauphin est devenu quai Dauphin, perdant en même temps sa préposition et sa signification première,

– le quai Saint-Barnard est devenu quai Ulysse Chevalier, du nom de l’historien romanais,

– le quai Saint-Nicolas est devenu quai Chopin, du nom du colonel d’artillerie et Chevalier de la Légion d’honneur romanais Louis Simon Chopin (1768-1847).

Sources : Archives municipales de Romans-sur-Isère – 1 D 16, Registre des délibérations municipales, 1862-1871.

Publié dans: 19è siècle, Lieux

2 Comments on "Quand il fallut donner un nom aux quais de l’Isère"

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  1. Jean-Yves dit :

    Je vous suggère de demander aux Archives de Romans si ils ont des photos de la caserne à cette époque : http://www.romanshistorique.fr/archives-municipales

  2. reynaud dit :

    J ai longtemps habité la caserne de la presle, avec ses toilettes communes a chaque étage, la cour avec les tilleuls gigantesques, et le lavoir dans le fond de la cour,ou avec nos mamans nous faisons la lessive, voila j aimerais retrouvé des photos de cette époque ( 1964) pour ma part,
    merci

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